Et si la nature avait des droits ? 

Un texte de Danielle Dansereau

Paru dans le numéro

Publié le : 12 mars 2026

Dernière mise à jour : 12 mars 2026

 

Les ateliers de la Fiducie du Mont Pinacle nous parlent du vivant. À quand la reconnaissance par les humains que tout ce qui est vivant a des droits ?

Première partie

C’est l’hiver

Une bonne couche de neige fraîche recouvre le sol. Nous sommes dans le sentier de la forêt-école de la Fiducie foncière du mont Pinacle. Isabelle est notre guide et pisteuse en chef. Des traces de passage d’animaux, de toutes tailles, sont bien visibles. Elle nous apprend à les identifier, à décoder les histoires qu’elles racontent. Celle de musaraignes, d’un renard, d’un pékan, d’une loutre, d’un lynx… La forêt s’anime. Nos imaginaires galopent, fascinés. 

Fin de l’été

Debout sous l’abri ouvert à tout vent, au bout d’une table à pique-nique couverte de spécimens de champignons de tailles diverses, Paul expose succinctement pour nous le monde fascinant qui vit sous nos pieds, dont les champignons ne sont que la manifestation visible. Avant de partir en cueillir, il évoque le réseau complexe de filaments qu’on appelle des mycorhizes, qui relient les organismes entre eux. Il a écrit un livre sur les champignons. Il aime les observer, les cueillir, les apprêter, les déguster. Sa passion est contagieuse. 

Fiducie du Mont Pinacle Droits de la nature
Arno Grégoire Landry nous présente les bryophytes. Photo Marie Bilodeau.

Automne

Marie a passé un an à dessiner le même mètre carré du sol d’un boisé, à raison d’une fois toutes les deux semaines ou plus souvent dans les périodes de forte croissance. Le temps suspendu, elle a patiemment croqué sur le papier le spectacle végétal non spectaculaire mais prodigieux qui se déploie. Bourgeons, feuilles, fleurs, tiges, insectes, larves, décomposition. Puis, elle a animé des petits groupes de tous âges, désireux de vivre ce genre d’observation immersive… la sensation d’être intimement relié au vivant, son foisonnement, ses stratégies, son impermanence.

Tôt au printemps

Arno est tout jeune. Étudiant en biologie, il nous présente les bryophytes — qu’on appelle communément des mousses — qui recouvrent les troncs, les pierres, le bois mort. Il nous a prêté à chacun une petite loupe qui permet d’observer des créatures végétales absolument complexes, insoupçonnées à l’œil nu, d’une beauté inouïe, qui ont conservé les caractéristiques des premières plantes ayant colonisé la terre ferme à partir d’un environnement liquide. Sans racine, ni tiges, ni feuilles, elles se reproduisent grâce à l’eau qui transporte leurs spermatozoïdes. Le temps est maussade, l’humidité pénétrante, il se met à pleuvoir, mais aucun de nous ne veut être ailleurs. 

Isabelle, Paul, Marie, Arno, nous parlent tous du vivant. Nous en faisons partie. Ces espèces étaient là bien avant nous. Elles opèrent par photosynthèse, pollinisation, coopération, parasitisme, mutualisme, régénération, prédation, résilience. Elles sont responsables de l’air que nous respirons, de l’eau que nous buvons, de ce qui nous nourrit et nous soigne, des matériaux de nos habitations, des rêves que nous rêvons. 

À quand la reconnaissance par les humains que ces vivants ont des droits ? Que notre présence les affecte. Et que l’accès par les humains à leurs écosystèmes nourriciers devrait être négocié en tenant compte de ces droits ?

À suivre…

Danielle Dansereau