Bonne retraite, Solange!
Un texte de Geneviève Hébert
Paru dans le numéro Printemps/Spring 2026
Publié le : 12 mars 2026
Dernière mise à jour : 12 mars 2026
Depuis 25 ans, Solange crée et entretient jalousement les potées fleuries, bacs et plates-bandes qui enjolivent la rue Principale à Sutton.
Le cœur du village de Sutton ne sera plus bercé par l’accent chantant de Solange, l’horticultrice en charge de son aménagement pendant les 25 dernières années. Eh oui, depuis l’an 2000, c’est elle qui crée et entretient jalousement les potées fleuries, les bacs, les décorations saisonnières et les aménagements de nombreuses devantures et plates-bandes qui animent et enjolivent la rue Principale.
Le « prendre soin » dans le sang
D’origine acadienne et descendante des Micmacs, 7e d’une famille de 12 enfants, Solange a été élevée à la dure et le « prendre soin », pour elle, est une seconde nature. « Enfant, c’est moi qui faisais le camp d’été pour les plus jeunes… » Même adulte, elle gardait trois emplois pour s’assurer que ses neveux et nièces, élevés par ses sœurs monoparentales, ne manquent de rien. « Je n’ai jamais compté mes heures », me dit-elle, l’œil vaillant.
Une touche-à-tout
Touche-à-tout, Solange a fait de nombreux métiers avant d’atterrir à Sutton : coordonnatrice d’évènements et agente de projets avec Jeunesse Canada Monde et Katimavik, animatrice pour la société culturelle du Nouveau-Brunswick et enseignante en français langue seconde à Calgary, pêcheuse sur la côte acadienne, cuisinière, aide-ménagère et entrepreneur général à Montréal et j’en passe. L’Université de Moncton l’a même accueillie en mode étudiante libre en service social, histoire, géographie et science politique.
Quand elle est arrivée à Sutton en 1999, elle a construit elle-même sa maison avec Jeanne, sa conjointe technicienne en foresterie. Solange sourit : « on a terminé les plates-bandes avant la maison ! » Souffrant d’asthme sévère, Solange ne pouvait plus travailler à Montréal où elle étouffait, littéralement. Ici, elle a fait quelques boulots avant d’obtenir le contrat pour la devanture du Boni-Soir. Par la suite, pratiquement tous les commerçants de la rue Principale, ainsi que la Ville de Sutton, lui ont donné les contrats de leurs bandes de terrain. À titre bénévole, elle s’occupait même de l’église Saint-André et de son cimetière.
Passionnée des plantes et des gens
Ainsi, Solange résume ces années : « Ça a été une passion pour moi, mais aussi un privilège. C’est comme travailler dans un jardin, mais qui, au fait, est un village. […] J’ai toujours été contente de me lever et d’aller travailler. C’est sûr que c’est de l’ouvrage, mais planter une plate-bande, qu’est-ce qu’il y a de mieux que ça ? Année après année, t’es en compétition avec toi-même ; il faut toujours se renouveler. Il n’y a pas grand job que tu peux faire ça. La confiance du monde aussi. On me donnait carte blanche. Il faut quand même se souvenir que tel client n’aime pas les pompons, le rose ou le jaune, d’autres veulent du blanc, ou quelque chose d’uniforme. Il faut être à l’écoute. »
Et Solange n’était pas seulement à l’écoute de ses clients. Elle avait aussi à l’œil les familles du coin. Elle est fière des nombreux jeunes et moins jeunes qu’elle a formé. Lors de l’entrevue, elle m’en a nommé plusieurs avec tendresse. Quand j’ai essayé de les joindre, Geneviève Caron a été la première à me répondre : « Solange, c’est une perle, un diamant brut. C’est le Larousse de l’horticulture. Elle en mange ! Moi, j’habitais au village. J’ai travaillé pour elle, ainsi que mes trois plus jeunes. Ils auraient tous du bon à dire. Solange, c’est un cœur ambulant. Elle s’est beaucoup occupée de moi ; elle m’a même nourri après mes opérations. Et Solange cuisine bien. Elle fait tout bien… »
Une retraite [hyper] active
Quand je demande à Solange si elle n’est pas un peu hyperactive, elle éclate de rire. Son plus grand défi à la retraite ? Apprendre à se reposer. Avec sa conjointe qui prendra sa retraite au mois de mai, elle prépare un énième voyage de randonnée. Au retour, ensemble, elles s’occuperont de leurs 10 acres de forêt où elles adorent se promener, hiver comme été. Solange compte aussi faire quelques rénovations, amener sa blonde pêcher le crabe au Nouveau-Brunswick, faire des sorties en vélo, en kayak et jouer au pickleball. Elle pense aussi lancer avec sa conjointe une entreprise de consultation privée en horticulture et en foresterie.
Bref, des projets, Solange en a, comme toujours, plus qu’il n’en faut. Et même si elle n’a pas trouvé de relève pour reprendre ses contrats (mon petit doigt me dit qu’il y avait peut-être trop de travail pour une seule personne. Même dans la soixantaine, Solange travaillait pour deux), elle peut partir l’esprit tranquille, sachant qu’elle a laissé sa marque à la fois dans le paysage de Sutton et dans le cœur des Suttonnais.
Geneviève Hébert

