Antidote à l’actualité anxiogène

Un texte de Daniel Laguitton

Paru dans le numéro

Publié le : 11 mars 2026

Dernière mise à jour : 11 mars 2026

 

J’ai longtemps hésité avant d’écrire cette chronique tant étaient nombreux les sujets qui me trottaient dans la tête : le déclin de la civilisation occidentale y tenait une bonne place, l’impact social désastreux de l’intelligence artificielle (IA) me semblait aussi mériter quelques lignes, tout comme le retour du banditisme de grand chemin sous l’appellation « tarification dynamique »…

J’ai longtemps hésité avant d’écrire cette chronique tant étaient nombreux les sujets qui me trottaient dans la tête : le déclin de la civilisation occidentale y tenait une bonne place, l’impact social désastreux de l’intelligence artificielle (IA) me semblait aussi mériter quelques lignes, tout comme le retour du banditisme de grand chemin sous l’appellation « tarification dynamique » ou « tarification prédatrice » selon qu’on s’adresse à ceux qui en tirent les ficelles ou à ceux qui en font les frais. Le passage de la démocratie à l’algocratie, cette implacable dictature des algorithmes dans laquelle nous nous engouffrons à la vitesse « grand V » ne me laissait pas indifférent non plus.

actualité anxiogène
Montage de Daniel Laguitton.

J’allais tirer le thème gagnant dans un chapeau lorsque, au hasard d’ondes radio habituellement surchargées d’actualité déprimante, j’ai entendu Angus Hervey, titulaire d’un doctorat en économie politique internationale et communicateur hors pair, présenter le bilan de l’année 2025 qu’avait compilé l’organisation Fix the News qu’il a fondée. Cela faisait longtemps qu’un quart d’heure d’écoute ne m’avait procuré un tel soulagement. J’ai donc décidé de consacrer les lignes qui suivent à faire connaître le travail de cette organisation en laissant parler Angus Hervey.

« Je suis accro aux actualités depuis aussi longtemps que je me souvienne, mais il y a environ dix ans, j’ai réalisé que cette habitude me faisait plus de mal que de bien. Je savais qu’il y avait des progrès dans le monde, et je me demandais pourquoi personne n’en parlait. Je crois que les journalistes ont pour mission de dénoncer les abus de pouvoir et que lorsque des évènements terribles se produisent, nous ne devons pas détourner le regard. Mais je crois aussi que si nous n’entendons parler que des catastrophes, nous ne voyons pas les possibilités qui s’offrent à nous et nous nous privons de l’occasion de nous améliorer. Fix The News existe pour montrer qu’il existe une meilleure approche. Aujourd’hui, la formule “si ça saigne, ça fait la une” n’est plus seulement un mantra pour rédacteur en chef de journal à potins, c’est une réalité commerciale fondamentale dans l’industrie médiatique. Une étude récente portant sur 23 millions de manchettes provenant de 47 médias populaires a montré qu’au cours des deux dernières décennies, la proportion de ces manchettes exprimant la colère a augmenté de 104 % alors que, pour celles évoquant la peur, elle a bondi de 150 %. Vous ne rêvez donc pas, les informations sont bel et bien devenues plus négatives. Elles nous rendent tous pessimistes face au présent et désespérés face à l’avenir. Le pessimisme est si profondément ancré dans notre culture médiatique qu’il colore obligatoirement toute présentation de la réalité. Au lieu de “nouvelles”, on nous sert des “poubelles” » [en anglais, le jeu de mots non traduisible est « breaking news vs. broken news »]. 

Voilà pour ce qui est de la genèse de Fix the News [réparer l’actualité]. 

Le bilan de 2025 émis par Angus Hervey et ses collaborateurs est un puissant antidote à la marée noire de nouvelles tragiques dont il ne faudrait cependant pas nier la réalité en remplaçant ses écouteurs par des bouchons d’oreilles.

« Tous les ans, Gallup interroge environ 1000 personnes dans 142 pays sur leur vie et leurs attentes. Dans sa dernière édition, 33 % des personnes interrogées ont déclaré être épanouies, soit la proportion la plus élevée jamais enregistrée. La proportion de personnes déclarant souffrir a chuté à 7 %, soit le niveau le plus bas depuis le début du suivi en 2007. Il y a dix ans, elle était de 12 %. On pourrait s’attendre à ce que ces chiffres tiennent une place importante dans la couverture médiatique de l’état du monde, mais ce n’est pas le cas. Un nombre record de quatre personnes sur cinq se déclarent satisfaites de leurs libertés individuelles et trois sur quatre affirment que leur pays est un endroit propice à l’apprentissage et à l’épanouissement des enfants. L’optimisme économique a rebondi pour atteindre son plus haut niveau depuis la crise financière. Dans un nombre croissant de pays, les personnes interrogées déclarent mener une vie meilleure qu’à n’importe quel autre moment depuis le début des sondages. […] Des progrès sont aussi observés dans d’autres domaines qu’en matière d’alimentation et de revenus. En août, l’OMS et l’UNICEF ont publié des données montrant qu’au cours de la dernière décennie, 961 millions de personnes ont obtenu l’accès à l’eau potable, que 1,2 milliard ont obtenu l’accès à des installations sanitaires fiables et que 1,5 milliard ont obtenu l’accès à des services d’hygiène de base. Au cours de la même période, le nombre de personnes sans électricité a diminué de 292 millions en dépit d’une augmentation de 760 millions de la population mondiale. Selon l’Agence internationale de l’énergie, il s’agit de l’expansion de l’accès à l’électricité la plus rapide de l’histoire. […] En septembre, la revue médicale The Lancet a publié un rapport contenant l’une des statistiques les plus extraordinaires que j’ai jamais vues : depuis 2010, le fardeau total des maladies et des décès prématurés de l’humanité a diminué de 12,6 %, grâce à la baisse des décès dus aux maladies infectieuses les plus mortelles au monde — la tuberculose, les infections des voies respiratoires inférieures, la diarrhée, le VIH/sida — qui ont toutes diminué de 25 à 49 %. Ces progrès ont été si spectaculaires que, pour la première fois dans l’histoire de notre espèce, les maladies liées au mode de vie — maladies cardiaques, cancer, diabète — ont supplanté les maladies infectieuses en tant que principale menace mondiale. Là aussi, la mortalité est en baisse. La probabilité de mourir d’une de ces maladies avant 80 ans a diminué dans quatre pays sur cinq depuis 2010. Les taux mondiaux de mortalité due au cancer ont baissé d’environ un tiers par rapport à leur pic du début des années 1990 ; les décès provoqués par la leucémie infantile ont diminué de 59 %. » 

Si l’aspect insoutenable de l’état du monde vous déprime, l’antidote est à www.fixthenews.com [en anglais]. Une initiative similaire en français, Le Média positif, est accessible à l’adresse www.lemediapositif.com.

Daniel Laguitton, Abercorn