Le frigo d’la voisine

Un texte de Gabrielle Charbonneau

Paru dans le numéro

Publié le : 20 août 2017

Dernière mise à jour : 30 octobre 2020

 

Si je vous dis « boulevard J.-A. Deragon à Cowansville », quelle est la première image qui vous vient en tête ? Si vous êtes comme moi, ce sera un quartier familial, tout ce qu’il y a de plus conventionnel.  Mais si je vous disais que parmi ces rangées, entre deux jumelés, se loge une terre. Et que…

Si je vous dis « boulevard J.-A. Deragon à Cowansville », quelle est la première image qui vous vient en tête ? Si vous êtes comme moi, ce sera un quartier familial, tout ce qu’il y a de plus conventionnel.  Mais si je vous disais que parmi ces rangées, entre deux jumelés, se loge une terre. Et que cette terre, une fois passée dans l’œil de celle qui deviendra « La Voisine » n’a plus eu d’autre choix que se laisser aller au bon sort qui l’attendait.

Marie-Ève Lafond, La Voisine

Marie-Ève Lafond, La Voisine

Marie-Ève Lafond est technicienne en loisirs et horticultrice maraîchère de formation. Installée à Cowansville depuis 2015 avec sa marmaille et son complice, elle a su, de main de maître, donner à cette parcelle de terrain ce dont il avait besoin pour devenir prospère. C’est que, voyez-vous, Marie-Ève-La-Voisine est une femme de conviction, d’action et de cœur. De grand cœur. Dans son ancienne vie, cette travailleuse communautaire avait relevé le grand défi de nourrir 25 familles de connaissances et de légumes sur une petite parcelle de terre exploitée en jardins collectifs. Elle avait réussi haut la main, mais quelque chose manquait. Cette autonomie alimentaire. Pour elle. Pour les siens. Pour les autres. Cette femme de principe avait soif d’une plus grande liberté qui lui permettrait de nourrir plus de gens avec des produits frais facilement accessibles. Et c’est ce qu’elle fit. Le tout se présenta de façon tout à fait naturelle. Vous savez, cet alignement que l’on ressent parfois lorsque l’on fait ce que l’on doit faire, sans trop réfléchir ? Et que tout se présente sur notre chemin, comme par enchantement ? Le « Champ de La Voisine » est le résultat même de cette belle synchronicité.

À travers cette fluidité, de grands efforts ont bien évidemment été déployés. C’est donc à force de défrichage aussi bureaucratique que pratico-pratique que cet espace sauvage s’est transformé en un immense jardin principalement composé de framboises d’automne et d’ail, mais également de carottes, de laitue, de pois, de fines herbes et j’en passe. La beauté de ce potager qui pousse en plein cœur de Cowansville, outre la qualité de ses aliments, vient de la philosophie qui se cache derrière. Cette précieuse et grandissante philosophie qui se base sur la confiance et qui se traduit par un frigo libre-service, ou l’on va soi-même cueillir les aliments. L’idée est simple. Vous ouvrez le frigo, vous prenez vos légumes et vous payez à même une petite boite installée au mur. Vous partez et vous dégustez. C’est le principe même de l’honnêteté. Ce potager respire l’humanité et cela se ressent lorsqu’on y va. Marie-Ève y a vraiment ajouté sa touche et même si on ne la croise pas en allant faire nos emplettes, des ardoises nous expliquant le pourquoi du comment nous mettent tout de suite à l’aise avec le principe du libre-service. La récolte à même le jardin est aussi offerte pour ceux qui aiment noyer leurs mains dans la terre fraîche pour en sortir eux-mêmes une partie de leur souper.

Cette maraîchère de cœur ne demande pas grand-chose. De l’aide, quelques fois, pour une petite corvée, ici et là, question de maintenir le ratio de « mauvaises herbes » à un niveau qui ne dépasse pas les récoltes et… du respect. Autant pour le travail fait par les mains que pour cette terre qui nous nourrit. Que cette philosophie puisse faire des petits et se répandre. Partout.

Encore merci « La Voisine » pour ta confiance !

Gabrielle Charbonneau

Pour plus d’informations : Lechampdelavoisine.ca/Facebook : Le champ de La voisine