Entrevue avec Stanley Lake

Un texte de Hélène de Launière

Paru dans le numéro

Publié le : 15 juin 2021

Dernière mise à jour : 18 juin 2021

 

Pour le 20e anniversaire du Festival de Jazz de Sutton, Hélène de Launière a interviewé Stanley Lake à sa maison de campagne nichée dans le décor bucolique des Appalaches.

Stanley Lake
Stanley Lake

Depuis 20 ans, Stanley Lake est le maître d’œuvre du Festival de Jazz de Sutton. Organisateur-né, Stanley est un homme orchestre. Il est à la fois trompettiste, chanteur, compositeur, potier et bien sûr, directeur artistique du Festival de Jazz de Sutton. Hélène de Launière a rencontré Stanley à sa maison de campagne nichée dans le décor bucolique des Appalaches.

Quels sont ton cheminement et ton implication artistique dans la région?

J’ai commencé des études en musique classique à 9 ans. J’ai d’abord étudié le piano puis la trompette jusqu’à 18 ans. Jeune, j’écoutais du jazz des années cinquante et j’assistais à des concerts. Pendant mes études à l’Université de Miami, j’étais responsable de la programmation de concerts pour environ 15 000 étudiants.

Puis, j’ai immigré au Canada en 1974. Un an plus tard, j’ai établi mon atelier de poterie dans une vieille grange à Dunkin. Après quelques années, j’ai rencontré Dave Sutherland qui est devenu mon mentor et qui m’a initié aux différents concepts du jazz.

Pour l’implication, j’ai toujours voulu promouvoir le travail des artistes et des artisans. Ce qui a mené à la création du Tour des Arts il y a 32 ans. L’idée était de faire connaître le travail des artistes depuis leur atelier et d’attirer une nouvelle clientèle. Dix ans plus tard, la même idée s’est muée en la création du Festival de Jazz de Sutton.

Quels ont été les débuts du festival?

Le festival a débuté en 2001 et les trois premières années, il se tenait l’hiver pendant quatre ou cinq weekends à la galerie Arts Sutton. Vicki Tansey, chanteuse et danseuse improvisatrice à Sutton a été partenaire pendant un an. À cette époque, nous n’avions aucun revenu autre que les billets. Nous avons quand même présenté devant 15 à 25 personnes quelques groupes tels que le trio LML, souvent invité au Festival de Jazz de Montréal.

Nous sentions qu’il y avait un public pour le jazz à Sutton. Après quatre ans, les musiciens commençaient à démontrer leur intérêt à se produire ici. Puis, la Salle Alec et Gérard Pelletier a ouvert ses portes en 2005 et dès l’automne, nous y avons présenté des concerts. Ce partenariat a duré jusqu’à ce que la pandémie force la fermeture des salles de spectacle.

À la cinquième année, nous avons commencé à demander de l’aide financière à la MRC de Brome-Missisquoi et à la Ville de Sutton. Ensuite, nous avons présenté des concerts dans la rue, notamment avec le Homebrew Dixieland Band. À sa dixième année d’existence, les musiciens ont commencé à se produire dans les restaurants. Dans nos meilleures années, nous avons offert plus de 30 concerts par saison.

Quels ont été les impacts de devenir un OBNL En 2008 ?

Devenir un OBNL a ouvert la porte à des possibilités de financement. Nous avons commencé à recevoir des fonds de Patrimoine Canada, de la MRC de Brome-Missisquoi et de la Ville de Sutton, laquelle nous offre également des services de logistique. Au sein du festival, mon rôle était, mis à part la programmation, de faire les demandes de subventions et de commandites, la promotion et le paiement des cachets aux musiciens. Le conseil d’administration a vraiment pris les rênes de l’organisation du festival grâce à Marie Dupras, Normand Bleau, Claude Prud’homme, Carole Martineau, Hélène de Launière et Éva Major-Marothy.

Avant 2008, le festival était pour moi un risque financier. J’aurais alors dû payer de ma poche tout déficit. Par chance, ce n’est jamais arrivé. En devenant un OBNL, nous avons pu commencer à recevoir des dons et des commandites. Nous avons établi une base financière et organisationnelle qui nous assure une certaine pérennité.

Quels musiciens se sont produits au festival et quels ont été les moments forts ?

Stanley Lake
Stanley Lake and the Dixieland Band

Nous avons reçu plusieurs musiciens de renom, dont Roberto Murray, Dave Turner, Rémi Bolduc, Alex Côté, Jean Derome, Mathieu Bélanger au saxophone. À la trompette : Kevin Dean, Marc Bolduc, Ron Delaro, Aaron Doyle, Jacques Kuba Séguin. Au Marimba : Jean Vanasse et Kevin Sullivan. Les chanteurs : Vivienne Dean, Rannie Lee, Karen Young et Almut Ellinghaus. Les bassistes : Frédéric Allaire, Normand Guilbeault, Michel Donato et Alex Bellegarde. Plusieurs pianistes dont : Taurey Butler, Lorraine Desmarais, Marianne Trudel, Felix Stüssi, François Bourassa, Michel Pilc et Yves Léveillé. À la guitare, Sylvain Provost, Claude Prud’homme, Nelson Symonds. Et enfin, plusieurs ensembles dont : Jazz Lab, le trio LML, Christine Tassan’s Imposters, Jazz Affair, Gossage Bros, Honeysuckle Sisters et le Homebrew Dixieland Band.

Pour les moments forts, l’an passé a été un véritable succès ! Quand le gouvernement a autorisé les rassemblements de 250 personnes, nous avons relevé le défi de produire sept concerts gratuits en plein air à seulement quatre semaines d’avis, tout en offrant un environnement sécuritaire. La réponse du public a été inespérée et immédiate. Nous avons atteint le maximum de participation à presque tous les concerts.

Les plus grands moments sont aussi ceux où les musiciens nous ont offert des prestations époustouflantes. Je pense entre autres au Trio de Taurey Butler, à Félix Stüssi accompagné de deux saxophonistes prodigieux. Les Rémi Bolduc, Jean Derome, Pierre Tanguay, Normand Guilbeault, tous d’excellents musiciens, ont donné des prestations très appréciées. Le public a adoré Ranee Lee, Karen Young et Jordan Officer. Les groupes locaux ont également eu du succès et ramènent leur public chaque année. Plusieurs d’entre eux sont d’excellents musiciens et professeurs de musique.

Comment détermines-tu la programmation du festival?

Je garde à l’esprit de promouvoir le jazz dans son ensemble et d’éduquer le public. J’ai appris au fil du temps qu’il y a beaucoup de gens qui croient ne pas aimer le jazz. Depuis le début, nous exposons le public à un répertoire accessible, tout en incluant du jazz progressif. Nous aimons l’idée que Sutton soit un aimant qui attire de plus en plus les mélomanes de jazz. Présenter des concerts dans les restaurants et dans les rues de Sutton a également permis de développer une clientèle qui revient d’année en année. Bref, la clientèle est petite, mais nous croyons attirer et convertir de plus en plus de gens et faire de Sutton une destination jazz. La majorité de notre public est francophone et âgé de 50 à 70 ans.

Comment vois-tu l’avenir du festival?

Notre nouveau site web nous met sur la carte mondiale du jazz. C’est un bon moyen de faire connaître le festival et les groupes par les vidéos et les enregistrements sonores. Il permet au public d’acheter des billets en ligne. Nous avons également plus de 500 abonnés à notre infolettre, publiée chaque semaine durant le festival.

Je pense que nous avons un conseil d’administration très solide et actif, chacun apporte ses expériences et ses idées. Nous sommes tous conscients que nous devons continuer à promouvoir nos acti-vités auprès de la population de Sutton et de la région. Et nous devons continuer à trouver des commanditaires qui souhaitent offrir leurs services et soutenir financièrement nos efforts.

Merci Stanley pour cette entrevue inspirante!

Hélène de Launière

You can read the English version of the interview here.