Vers une industrialisation des paysages ?

Un texte de Anthoni Barbe

Paru dans le numéro

Publié le : 13 mars 2026

Dernière mise à jour : 13 mars 2026

 

Les éoliennes sont appelées à se déployer dans toutes les régions du Québec et Brome-Missisquoi ne fera vraisemblablement pas exception. 

éoliennes
Mont Raoul-Blanchard. Le sommet des Laurentides recouvert d’éoliennes. Photo : Anthoni Barbe

Actuellement, partout au Québec se déploie une filière énergétique privatisée : la filière éolienne. Le vent est partout, dans la vallée du Saint-Laurent tout comme sur les cimes des montagnes des Appalaches et des Laurentides. La question se pose donc : retrouvera-t-on des éoliennes partout dans un avenir proche ? La réponse courte : oui, les éoliennes sont appelées à se déployer dans toutes les régions du Québec et Brome-Missisquoi ne fera vraisemblablement pas exception. 

Si certains y voient une opportunité de diversification économique et de décarbonation de notre économie, d’autres les voient comme une menace que rien ne peut arrêter. En effet, pour l’heure, à peu près rien ne semble pouvoir justifier de freiner le déploiement à grande à échelle de cette filière au Québec : ni les terres agricoles, ni l’habitat du caribou de Charlevoix, ni des paysages exceptionnels protégés, ni des rapports défavorables du BAPE, ni même des référendums citoyens s’opposant au projet. 

Il semble qu’on doive produire de l’électricité à tout prix et les gens de Charlevoix l’ont appris à leurs dépens. Ils vont devoir sacrifier une partie de leurs paysages pourtant reconnus comme Région de la Biosphère de l’UNESCO pour installer les plus grosses éoliennes du pays directement à côté du Parc National des Grands-Jardins. En Mauricie, malgré un référendum citoyen dans plusieurs municipalités avec des résultats très clairs contre le projet et un rejet du projet par la MRC concernée, TES Canada continue d’aller de l’avant comme si de rien n’était. 

Les Montagnes Vertes, prochaines sur la liste ? 

La filière éolienne s’est beaucoup rapprochée des populations au fil des années. Aujourd’hui, l’appel d’offres d’Hydro-Québec confirme le déploiement massif prévu au sud du Québec, y compris dans Brome-Missisquoi, en Haute-Yamaska. C’est la région au nord du lac Champlain, près de Farnham, qui est entre autres concernée par l’actuel appel à projets. Ces éoliennes de plus de 200 mètres de haut changeront le paysage de la MRC pour les prochaines décennies. Mais surtout : ne serait-ce que le début ? 

Les Montagnes Vertes constituent le dernier chaînon montagneux du Québec où les éoliennes ne sont toujours pas implantées (du moins pas de ce côté de la frontière). Un projet prévoit toutefois s’implanter dans leur portion nord, épargnant pour le moment la portion montagneuse de Brome-Missisquoi. Sachant qu’un statut de région de la biosphère de l’UNESCO n’est pas suffisant pour arrêter l’implantation d’éoliennes dans l’habitat d’une espèce en voie de disparition, est-ce que les différents statuts juridiques protégeant les Montagnes Vertes seront suffisants pour empêcher l’implantation d’éoliennes sur le versant des montagnes ? 

Quels remparts contre l’industrie ? 

La portion nord et est des Montagnes Vertes est convoitée pour la production énergétique comme le confirme l’appel d’offres d’Hydro-Québec. Le préfet de la MRC de Memphrémagog et président de la Fédération québécoise des municipalités a toutefois refusé de répondre à l’appel d’offres d’Hydro-Québec pour des raisons de protection des paysages et d’absence d’acceptabilité sociale. Reste maintenant à voir si cela aura plus de poids qu’en Mauricie. 

La Commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ) a récemment refusé un projet éolien sur des terres agricoles de haute qualité en haute Montérégie. C’est un des rares exemples québécois où le développement éolien n’a pas eu préséance sur les autres secteurs économiques. 

Il semble que les paysages sans éoliennes dans les Appalaches et au Québec deviendront une exception. Cela se fera inévitablement au détriment des milieux naturels et au détriment de la valeur des propriétés rurales. Jamais les effets cumulés de cette industrialisation de nos paysages n’ont été mesurés. Ceux qui tentent de s’opposer au déploiement de cette filière énergétique doivent s’attendre à faire face au vent.

Anthoni Barbe, géographe et consultant en aménagement du territoire