La ferme Pettigrew

Un texte de Geneviève Hébert

Paru dans le numéro

Publié le : 28 août 2026

Dernière mise à jour : 28 août 2026

 

Après plus de 50 ans à vous sucrer le bec avec son miel et son sirop d'érable, Pierre de la ferme Pettigrew de Frelighsburg passe le flambeau à ses fils.

Pettigrew
Pierre Pettigrew, Carole et Zacharie. Photo Jérémie Pettigrew

Pierre Pettigrew grandit sur le chemin Richford, à Frelighsburg. Il est le plus jeune de quatre enfants. Son père, un ingénieur, travaille sur la route à ouvrir des chemins pour le ministère de la Colonisation. Madame Pettigrew, autrefois secrétaire au gouvernement, s’occupe de la ferme et des enfants. Ensemble, les parents de Pierre achète la terre en 1946 ; ils y élèvent des vaches laitières et font les sucres. Des quatre enfants, Pierre est celui qui aide le plus à la ferme.

Bien qu’il s’occupe des vaches pendant longtemps, Pierre n’y prend pas goût. En 1976, il achète ses premières ruches d’un certain monsieur Labonté, inspecteur de cabanes à sucre. Ce dernier laisse deux ruches sur le perron avec une note indiquant « à soigner ce soir ». Mais Pierre n’y connait rien. À l’hiver, il va suivre un cours d’apiculture à l’Institut de technologie alimentaire de Saint-Hyacinthe. Au printemps, même s’il a perdu une ruche, il en a racheté cinq. « Pierre a toujours été persévérant », me confie Carole. 

En 1980, les parents de Pierre lui transfèrent une partie de la ferme. Puis, en 1984, il se marie avec Carole Boyce, comptable de profession. Même si elle ne connait rien à la ferme, Carole ne tarde pas à faire les sucres, à s’occuper du potager, des poules, des chèvres et des lapins et à traire les vaches. Avec le temps, elle surmonte même sa peur des abeilles. C’est elle qui écoule fièrement le miel dans les marchés.

De 1986 à 1996, ils ont quatre enfants. Dans l’ordre, Sophie (née Raphaël), Stanislas et les jumeaux, Zacharie et Jérémie. Les enfants aident à la ferme, mais Stanislas le fait plus volontiers à l’érablière. En 2020, il bâtit sa propre érablière sur un lot acheté à son père, avec une technologie à la fine pointe (tubulures, osmose inversée, etc.). Aujourd’hui, il assure la relève acéricole de la ferme Pettigrew en produisant environ 5000 gallons de sirop d’érable par an. Pierre, lui, continue d’en produire une trentaine par an, à l’ancienne, par plaisir. 

Défis et récompenses

« Pierre aime mieux le sirop d’érable que le miel, mais ses abeilles, il les aime comme ses proches », me dit Carole. Quand le varroa a décimé 98 % de ses ruches en 2002, le coup a été dur. À cette époque, ce tueur d’abeilles arrive du sud des frontières et les apiculteurs au nord ne le connaissent pas encore, bien que ça ne saura tarder. Ils disent à Pierre « T’es un cowboy, tu ne sais pas élever des ruches… » Carole m’explique que les fermes au sud du Québec sont souvent les premières à être victimes des fléaux qui migrent vers le nord, dont les opossums qui mangent les œufs dans les poulaillers, la maladie de Lyme transmise par les tiques, les aoûtats, le virus de la diarrhée bovine, etc. 

En bref, la vie sur la ferme comporte son lot de défis que Pierre et sa famille ont su relever avec brio. Aujourd’hui, à 77 ans, Pierre veut ralentir la cadence. Zacharie, mécanicien l’hiver au Mont Sutton, prend déjà une bonne partie de la relève des ruches, l’été : il s’occupe de la pollinisation au lac Saint-Jean et des différents ruchers de la région, tandis que Pierre s’occupe toujours de l’extraction et de la mise en marché.

Vous continuerez donc de trouver les miels Pettigrew au IGA à Cowansville, au Terroir à Dunham, au Marché Sutton Market, à l’exposition de Brome, ainsi qu’au kiosque à la ferme sur Richford où vous trouverez également du sirop d’érable, des œufs, de l’ail et encore. Vous y croiserez peut-être Pierre et Carole. Leurs clients fidèles vous diront qu’ils font le meilleur miel et le meilleur sirop, ce que disait aussi Pierre Foglia dans sa chronique Maître chasseur, sur un arbre perché… publiée dans La Presse, le 8 novembre 1983. Leur travail a aussi été reconnu par la Commanderie de l’érable et l’Ordre national du mérite agricole. Mais la plus grande reconnaissance, c’est celle des gens qu’ils nourrissent depuis plus de 50 ans. N’hésitez pas à passer les voir à la ferme ou au marché, ou à leur écrire à apiculturepettigrew@hotmail.ca.

Geneviève Hébert

Miels Pettigrew (kiosque à la ferme)

173, chemin de Richford, Frelighsburg