Solution à la crise du logement?

Un texte de Patricia Lefèvre

Paru dans le numéro

Publié le : 28 mai 2026

Dernière mise à jour : 31 mai 2026

 

La Ville de Sutton compte contenir la crise du logement en modifiant, entre autres, ses règlements sur les unités d'habitation accessoire (UHA).

unité d'habitation accessoire UHA

Si l’accès à l’habitation est rendu un problème généralisé, il se double à Sutton d’une féroce compétition entre résidences principales et secondaires, dont le coût moyen est ici plus élevé qu’ailleurs au Québec. Rien d’étonnant à ce que la moyenne des humains s’y retrouve en perte d’habitat, et qu’un des objectifs du nouveau cadre réglementaire soit spécifiquement de « soutenir le logement social et abordable ».

Le diable dans les détails

Plus facile à dire qu’à faire, toutefois. Le diable étant dans les détails, c’est lors de la consultation publique du 25 juin prochain à 19h qu’on pourra vérifier si la commande est remplie. Mais si l’on en juge par les énoncés d’intentions présentés le 23 avril dernier, la Ville compte prendre tous les moyens à sa disposition, du plus banal au plus innovant, pour tenter de contenir l’escalade.

Les unités d’habitations accessoires

En premier lieu, ne pas nuire. Le zonage « parc de maison mobile » du seul quartier encore abordable de Sutton devrait donc en toute logique être maintenu, en dépit des pressions exercées par le propriétaire du site. En second lieu, ouvrir plus grande la porte aux unités d’habitations accessoires (UHA) et la refermer un petit peu aux résidences de tourisme. Dans les deux cas, des amendements avaient déjà été apportés aux actuels règlements. On se propose de les bonifier, dans le but de favoriser l’ajout d’habitations abordables (et d’en limiter la perte). 

Les UHA sont des petites habitations ajoutées à des résidences existantes. Elles sont donc théoriquement moins coûteuses à mettre en place que des unités conventionnelles. Certains détails non spécifiés le 23 avril peuvent cependant faire une grande différence entre des vœux pieux et des conditions gagnantes. Seront-elles autorisées partout, de façon à ne pas rajouter de contraintes supplémentaires à celles découlant du milieu physique (milieux humides, par exemple) ou légal (zone verte déjà régie par la CPTAQ) ? 

Quelques questions

Leurs habitants devront-ils obligatoirement y résider à temps plein, compte tenu du but visé, ou les nouvelles constructions permettront-elles plutôt d’augmenter la valeur marchande d’un parc immobilier déjà hors de prix, en y autorisant l’ajout de mini-chalets louables à la saison (même si la location à court terme y est prohibée) ? Autorisera-t-on des unités légères et sans fondations, comme c’est déjà le cas pour la centaine de maisons mobiles présentes sur notre territoire, ou exigera-t-on un volume de béton les rendant beaucoup plus coûteuses à construire (et moins écologiques) ? 

Seront-elles limitées aux sous-sols villageois, comme il y a quinze ans — la luminosité étant alors une prérogative réservée aux mieux nantis — ou autorisées dans d’autres zones et dans des bâtiments accessoires, détachés ou non ? S’agira-t-il forcément de bâtiments existants, ou de nouvelles constructions ? Ajoutés exclusivement à des unifamiliales, ou plus ? Toutes ces décisions, et bien d’autres, auront un impact évident.

Mais les dispositions les plus innovantes concernent autre chose : l’application d’un zonage différencié permettant d’offrir certains bonus réglementaires aux projets de logements hors marché, sans compromettre la qualité des projets. Une intention louable, dont le résultat dépendra encore une fois des modalités d’application.

Alors si la mixité sociale est un enjeu qui vous interpelle, la consultation publique sur les règlements est un rendez-vous à ne pas rater ! Et bien que la lecture de règlements d’urbanisme ne soit pas un exercice très folichon, en chercher les failles pour mieux les refermer pourrait faire l’objet d’un bon jeu de société, à l’orée de l’été. 

Patricia Lefèvre