Les droits de la nature (suite)
Un texte de Danielle Dansereau
Paru dans le numéro Été/Summer 2026
Publié le : 31 mai 2026
Dernière mise à jour : 31 mai 2026
Au Québec, la rivière Magpie détient une personnalité juridique comme le mont Taranaki en Nouvelle-Zélande. Ainsi, ils ne sont plus considérés comme des biens exploitables par les humains.
« La terre n’a pas besoin de nous… mais nous avons besoin de la terre. » Cette phrase percutante a été entendue par Frédéric Senez en décembre dernier. Il participait alors à une conférence-atelier sur le maraîchage biologique en Nouvelle-Zélande. Cette phrase a été prononcée au pied du mont Taranaki, par Urs, un membre de la communauté Maori, aussi « gardien du territoire ».
Gardiens du territoire
Laissez-moi d’abord vous présenter Frédéric. Il y a six ans, nouveau venu dans la région, il a eu la chance d’élire domicile dans une demeure modeste à la base du flanc nord du mont Pinacle, à Frelighsburg, sur une propriété adjacente à celle de la Fiducie foncière. Tout naturellement, il s’inscrit à une des activités gratuites offertes par l’organisme, soit le pistage de la faune, avec Isabelle Grégoire. Coup de foudre. Il devient membre et à la première occasion, il se joint au Conseil d’administration. Avec charisme, humilité et savoir-faire, il se met à l’école rigoureuse de ce que sont la conservation volontaire et les pratiques d’intendance privée. En même temps, il insuffle à la Fiducie son expertise précieuse en communication, son dynamisme et son énergie. En 2022, il devient président de l’organisme, poste qu’il occupe depuis avec brio.
Parallèlement, pour gagner sa vie, il a quitté la multinationale « tech » pour laquelle il travaillait, pour accepter le poste de directeur des partenariats internationaux du réseau de l’Institut jardinier-maraîcher (l’organisme fondé par Jean-Martin Fortier). C’est dans le cadre de ces fonctions qu’il s’est retrouvé en Nouvelle-Zélande l’hiver dernier à cette conférence qui réunissait 80 personnes, toutes impliquées dans des techniques de maraîchage respectueuses de la « terre-mère », à empreinte écologique minimale, avec peu de machinerie mécanique (privilégiant la binette manuelle, la houe maraîchère ou la grelinette).
Le mont Taranaki et la rivière Magpie
Lors de la présentation des participants, il a un nouveau coup de foudre quand Urs s’adresse à tous dans sa langue, entonne un chant puissant, après quoi il partage la nouvelle que les membres de sa communauté venaient d’obtenir pour le mont Taranaki, la reconnaissance par le gouvernement néo-zélandais de « personnalité juridique ». Désormais, cette montagne, ses écosystèmes et l’ensemble des êtres non-humains qui y habitent, ne sont plus considérés comme des biens exploitables. Ils détiennent un droit légal d’exister comme s’il s’agissait de « personnes ».
Nous avons au Québec un cas semblable. La rivière Magpie (Muteshekau Shipu en Innu) a reçu du Gouvernement du Canada la reconnaissance de personnalité juridique en 2021. Dans les deux cas, ce sont des « gardiens du territoire » reconnus qui parlent dorénavant au nom de ces milieux naturels, en s’inspirant de la façon dont toutes les espèces qui s’y trouvent collaborent depuis des temps immémoriaux à la perpétuation du vivant. Pour Frédéric, c’est la résurgence de son rêve de ti-cul : prendre soin de la nature, devenir garde forestier. Ses nouveaux enseignants : érables, tilleuls, ruisseaux, champignons, musaraignes, grenouilles, salamandres, lièvres, pékans, ours noir… (À suivre)
Cet article est la suite de l’article Et si la nature avait des droits?
Danielle Dansereau
