Joy Hill se diversifie
Un texte de Laurence-Michèle Dufour
Paru dans le numéro Automne/Fall 2026
Publié le : 28 août 2026
Dernière mise à jour : 28 août 2026
Joy Hill offre plusieurs produits - avec ou sans alcool - que vous pouvez essayer au verre, à la bouteille ou en dégustation au vignoble.
Fondée en 2017 par Julien Niquet et Justine Therrien, la Maison agricole Joy Hill s’est rapidement imposée dans le paysage viticole québécois. Déjà reconnus pour leurs vins naturels d’exception, élaborés exclusivement à partir de cépages vinifera, les deux vignerons se sont lancés tête première dans cette aventure audacieuse. À l’aube du dixième anniversaire de ce projet d’envergure aux multiples facettes, retour sur un parcours jalonné de défis et de grands succès.
À l’époque, Julien évoluait dans l’univers de la bière tandis que Justine, sa conjointe, travaillait comme représentante en vin dans la métropole. Animés par le rêve de fonder un vignoble, ils se mettent en quête d’une terre fertile pour y produire du vin et tombent aussitôt sous le charme de ce verger au site enchanteur, situé sur la côte Joy Hill à Frelighsburg. S’ils y ont élaboré des cidres pendant quelques années sous les bannières Alma et Fleuri, ils ne se sont jamais éloignés de leur objectif premier. Cette production leur a ainsi offert le souffle financier nécessaire pour patienter jusqu’à la première récolte de leurs 37 000 pieds de vigne.
Mais cette culture demande beaucoup de patience et la récolte annuelle n’est jamais garantie. Entre maladies de la vigne, gels et aléas de la température, le vigneron doit constamment jongler pour éviter le pire et surtout, espérer le mieux. « Tu ne peux pas recommencer une batch de vin si tu la rates », explique Julien. Les vignerons, qui n’ont pas le plein contrôle sur la quantité de raisins qu’ils pourront récolter, doivent conjuguer avec la pression d’avoir une seule chance de réussir. C’est dans ce contexte que le projet Pastoral a vu le jour. En achetant du raisin bio à des producteurs du coin, ils peuvent ainsi augmenter leur production. Cette gamme à prix doux est principalement composée de raisins hybrides, mieux adaptés à notre climat. Les deux vignerons s’amusent à y macérer leurs marcs de raisin pour y apporter une touche de complexité, tout en y apposant leurs signatures.
Passion hydratation
Au cours des dernières années, l’occasion s’est également présentée de reprendre les rênes de l’entreprise familiale Club Kombucha. Sa fondatrice, Claudia Gravel-Niquet, a en effet dû quitter ses fonctions pour prendre soin de sa fille, atteinte d’une maladie rare. « Ma sœur n’avait plus du tout la tête à s’occuper de cette compagnie-là. Comme on était déjà actionnaires, on s’est dit que ce serait logique que ce soit nous », confie Julien. Le dynamique duo y voit une belle occasion de diversifier ses activités et de ne pas dépendre uniquement de l’agriculture, tout en restant dans l’univers des fermentations. Cette alchimie des savoir-faire a également inspiré la création de Club Électro, une gamme de boissons sportives pourvues d’électrolytes, pensée pour désaltérer les nombreux cyclistes qui sillonnent la côte Joy Hill.
Les nouvelles habitudes des consommateurs, aujourd’hui plus portées sur la modération, poussent également Julien et Justine à poursuivre leur réflexion. Au début du mois d’août, ils lançaient ainsi le vin Canari : un assemblage plus léger (6,5 % d’alcool), composé à parts égales de vins alcoolisé et désalcoolisé. Ce compromis permet de préserver la complexité aromatique du produit sans ajouter de sucre, un artifice souvent utilisé pour masquer les effets de la filtration par osmose inversée nécessaire à l’extraction de l’alcool.
Déclinée en quatre cuvées pour plaire à tous les profils — un blanc, un rouge, un rosé et une bulle rosée —, la gamme est embouteillée dans le contenant « le plus léger du marché. Un poids plume, ça tombe bien parce qu’on fait des vins légers ! », s’amuse à expliquer Julien, qui privilégie cette option pour des raisons écologiques. Poussant cette démarche écoresponsable encore plus loin, le couple applique les principes de l’économie circulaire à sa production : le perméat — ce résidu d’eau et d’alcool récupéré lors du procédé de désalcoolisation — est précieusement conservé, puis distillé afin de servir de base à l’élaboration de la nouvelle ligne de prêts à boire Picolo, infusés aux aromates québécois de la ferme Le Rizen.
À travers ce tourbillon de projets, ces deux entrepreneurs, que rien ne semble pouvoir arrêter, ont tout de même pris le temps d’aménager une terrasse et un magnifique lounge intérieur afin de bonifier l’expérience des visiteurs et d’élargir les heures d’ouverture de la boutique. Autrefois ouverte ponctuellement pour la récupération des commandes en ligne, elle n’est désormais fermée que le mardi durant la haute saison. Les visiteurs peuvent s’y installer pour déguster une pizza concoctée par les voisins, Les Cocagnes, tout en savourant les vins du domaine proposés au verre, à la bouteille ou en formule dégustation.
Laurence-Michèle Dufour
Maison agricole Joy Hill
85, chemin de Richford, Frelighsburg

