Le chemin oublié 

Un texte de Anthoni Barbe

Paru dans le numéro

Publié le : 13 septembre 2026

Dernière mise à jour : 13 septembre 2026

 

Ailleurs, le train est un atout incontournable pour l’électrification des transports. Pourquoi ne l'est-il pas au Québec?

train électrification des transports
Le trajet en train Montréal-Sutton. Illustration fournie

Ces dernières années, nous n’avons jamais autant parlé d’électrification des transports. Avez-vous remarqué que pour la plupart des gens au Québec et particulièrement en région, l’électrification des transports veut surtout dire « voiture électrique ». Pourtant, dans les autres pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), l’électrification des transports, c’est bien plus que ça. 

En effet, on semble avoir oublié qu’il y a une infrastructure centrale dans nos villages. Ailleurs dans le monde, cette infrastructure est un atout incontournable pour l’électrification des transports : le train. C’est le meilleur moyen de transport pour décarboner les déplacements partout dans le monde, alors pourquoi ici on se ferme les yeux alors que le réseau ferroviaire est toujours là en plein centre de nos communautés ? 

Des idées reçues au service d’intérêts privés

Je vous entends d’ici me dire : notre territoire est trop grand, tout le monde a une voiture, il n’y a pas assez de gens, les temps de déplacements sont trop longs, les marchandises ont la priorité… Ce discours repose sur certaines vérités, mais surtout sur beaucoup d’idées reçues qui nous ont été répétées pendant des décennies. Des années 60 aux années 80, des choix politiques ont fait en sorte qu’au lieu de moderniser le service ferroviaire comme ailleurs dans le monde, le secteur ferroviaire a plutôt été définancé et privatisé. Ce qui était autrefois un service public est devenu un actif au service d’intérêts privés. 

Une opportunité à saisir

Aujourd’hui subsiste un certain transport ferroviaire de personnes entre quelques grandes villes, comme si dans ce pays le train ne pouvait être qu’au service de l’urbanité. C’est encore une idée reçue qui malheureusement plombe notre économie, pendant que l’étalement urbain et l’explosion des coûts des infrastructures battent leur plein. 

Dans chaque municipalité comme Sutton où la voie ferrée traverse la communauté, il y a toutes sortes de personnes qui n’ont pas de voiture. Vu les coûts toujours plus prohibitifs associés à la possession d’un véhicule (encore plus si c’est un véhicule électrique), il y a fort à parier que ces personnes sans voiture sont appelées à devenir plus nombreuses à l’avenir. Qui à Sutton n’a pas déjà rêvé de sauter dans le train pour Montréal ou Cowansville comme cela se faisait autrefois ? 

Les infrastructures ferroviaires au Québec sont dans bien des cas sous-utilisés, comme à Sutton. Dans la vallée du Saint-Laurent, les tracés ferroviaires ont des parcours avec peu d’obstacles qui permettraient des vitesses de pointe dépassant les 160 km/h avec un équipement moderne. Certains trains entièrement électriques en Allemagne et en Italie couvrent déjà des distances comparables au trajet Sutton-Montréal. 

Un modèle 100 % voiture qui coûte cher

Oui, un tel projet nécessite des investissements et pour en comprendre la pertinence, je dirais même l’urgence, il faut comprendre les coûts associés au modèle tout à la voiture. Non seulement le coût d’avoir plusieurs voitures pour un ménage peut être assez élevé, mais le coût collectif l’est encore davantage. 

La voiture est la condition à l’étalement urbain qui par définition coûte toujours de plus en plus cher à la collectivité puisque l’étalement est toujours synonyme de diminution de la densité d’habitation. En d’autres mots, plus on s’étale, plus ça coûte cher collectivement en infrastructures. À contrario, les gares permettent généralement de valoriser le centre des communautés. 

Actuellement, nous sommes en déficit d’entretien pour une partie significative de notre réseau routier et ce déficit ne fait qu’augmenter à mesure que l’on construit de nouvelles routes. Ajoutons à cela la destruction accélérée de nos terres agricoles et de nos milieux naturels. Et je ne parle même pas des conséquences funestes liées à la dégradation générale de la qualité de l’air, des milliers d’accidents routiers chaque année ou même du changement climatique. 

Et maintenant

Bref, nous avons de gros problèmes et il semble qu’on se ferme collectivement les yeux sur le principal remède connu. Il n’en tient qu’à nous qu’il n’en soit pas toujours ainsi, le rail est là et nous attend. L’Angleterre vient de renationaliser ses chemins de fer face à l’échec de la privatisation. Partout au Québec, des communautés se mobilisent pour le retour du train, que diriez-vous que le trajet Sutton-Montréal soit précurseur du projet ? 

Anthoni Barbe, géographe et consultant en aménagement du territoire