Bijoux d’ici qui brillent ailleurs

Un texte de Denis Lord

Paru dans le numéro

Publié le : 1 décembre 2017

Dernière mise à jour : 3 novembre 2020

 

Ariane Marois : Sur les ailes de l’épuration Est-ce possible d’expliquer ton style, de résumer ton esthétique ? « Sans aucun doute a répondu Ariane Marois, mais ce sont les gens qui m’entourent qui pourraient vous l’exprimer mieux que moi puisque c’est avant tout ce que je suis qui transparaît dans mes œuvres. » Les mots qu’elle emploiera, tout…

Bijou Ariane Marois

Pendentif argent sterling et perle d’eau douce, oeuvre d’Ariane Marois. Crédit photo Louis-Michel Major

Ariane Marois : Sur les ailes de l’épuration

Est-ce possible d’expliquer ton style, de résumer ton esthétique ? « Sans aucun doute a répondu Ariane Marois, mais ce sont les gens qui m’entourent qui pourraient vous l’exprimer mieux que moi puisque c’est avant tout ce que je suis qui transparaît dans mes œuvres. »

Les mots qu’elle emploiera, tout de même, ce sont perle et épuration. Pour en savoir davantage, il faudra interroger, du regard, ses bijoux : bracelets, boucles d’oreille, bagues et pendentifs.

Ariane Marois a terminé sa formation à l’École de joaillerie de Québec en 2003. Après avoir exercé divers métiers, elle ouvre à Sutton la boutique qui porte son nom en 2011. Hormis une autre boutique, celle du Musée des Beaux-Arts de Québec, c’est le seul endroit où on peut retrouver sa production, distillée avec soin et sans hâte excessive. On parle ici de petites séries ou de pièces uniques, des commandes d’alliance par exemple, ou des remodelages de bijoux anciens.

Lenteur, méticulosité, amour du processus. « Je suis devenue joaillière parce que j’aime les outils et la préparation du matériel, la concentration et la minutie des opérations. »

Au final jaillissent des créations « soignées et pures, avec des finis impeccables sans ornementation. » Et des perles souvent. « La rondeur des perles permettent à la pièce d’être intéressante sous tous ses angles, explique la joaillière. Je suis tombée en amour avec les perles il y a longtemps et cet intérêt ne m’a jamais quittée. »

Les bijoux d’Ariane sont sans âge, dit-elle, puisqu’ils sont un bout de vie à porter sur soi.

Boutique-Atelier Ariane Marois

3, rue Principale Nord, Sutton

arianemarois.com

Vogue-les-algues, bijou de Johanne Ratté. Billes de bois et billes de verre brodées.

Vogue-les-algues de Johanne Ratté. Billes de bois et billes de verre brodées.

Johanne Ratté : Perles de musée

La joaillerie de Johanne Ratté s’enrichit de la pratique d’une gamme variée d’arts plastiques.

L’artiste de Frelighsburg a notamment touché au dessin, à la peinture et au textile. Son mémoire de maîtrise — une clé de sa démarche actuelle — porte sur le rappel de la peinture dans le vêtement contemporain. En effet, Johanne adopte avec un grand succès ce rapport transversal dans sa création de bijoux, initiée dans les années 2000 et inspirée par sa grande admiration pour l’œuvre de sa consœur Myriam Bardoul. Elle fabrique donc et propose dans des musées des bijoux présentant un rappel d’œuvres peintes. Ça démarre à la boutique du Musée des beaux-arts de Montréal lors de l’exposition Révolution, sa joaillerie puisant aux couleurs des années 60 et 70 ; la démarche se poursuit avec Chagall et bien d’autres courants artistiques, au MBA de Montréal et de Québec.

Du bijou contemporain, toujours. « C’est ce qui me démarque, souligne Johanne Ratté. J’explore l’argent, mais ça déborde vers le bois, le laiton, le cuivre et le textile. »

Plusieurs expositions à venir présenteront ce défi d’arrimer l’esthétique de bijoux — surtout des colliers et des boucles d’oreille — à celle d’autres médiums. En octobre, toujours au Musée des beaux-arts de Montréal, débutait Il était une fois… le western, pour laquelle Johanne Ratté s’est inspiré du travail de la Première Nation Winnebago, avec une généreuse utilisation du textile. Elle sera aussi aux MBA de Montréal et Québec pour les expositions consacrées à Picasso et Giacometti.

Fin 2017, l’artiste sera présente au marché de Noël de Frelighsburg et à Roche, Papier Ciseaux à Bromont. Elle y présentera surtout des boucles d’oreille, mais aussi une nouvelle création dans laquelle elle fonde de grands espoirs et qu’elle fera d’ailleurs breveter. Tout ce que Johanne Ratté veut révéler est qu’il s’agit d’une broche pour homme dont les motifs s’inspirent notamment du peintre Basquiat.

Vous pouvez également trouver les bijoux de Johanne au Centre d’art de Frelighsburg l’été et à l’année chez Atelier Bouffe, au 4 rue Principale Sud à Sutton.

Les Joanneries

lesjoanneries.com

Bracelet argent sterling et or 18 carats opales de feu diamants saphirs. Collection Stampclastic de Matthieu Cheminée

Bracelet argent sterling et or 18 carats opales de feu diamants saphirs. Collection Stampclastic de Matthieu Cheminée

Matthieu Cheminée : Stampclastic !

Stampclastic. C’était un mot marqué sur le site de Mathieu Cheminée.

Stampclastic, ça sonne cool, je trouve, percutant et dynamique. C’est un mot plein d’enthousiasme, comme « fantastique » ! C’est, en fait, un terme inventé par Matthieu Cheminée, aux confluences de deux techniques, le stamping — poinçonnage, en français — et l’anticlasting, le pliage de métal. On parle donc ici de textures et de formes.

Matthieu Cheminée a fait son apprentissage de la bijouterie et de l’orfèvrerie dans plusieurs pays. Aux États-Unis d’abord, chez les Navajos, les Hopis et les Zuñis, puis au Mali, avec les Bambaras et les Touaregs.

Son esthétique est-elle tributaire de ces tribus ? Non, affirme Matthieu Cheminée, quoi qu’un œil avisé puisse reconnaître certaines influences ténues. Ça ne l’a pas empêché de reconnaître le rôle essentiel de ses peuples dans sa formation, notamment par le partage de ses revenus d’enseignement. Et le stampclastic, écrit-il, est un hommage aux bijoutiers du monde entier qui transforment n’importe quel morceau de métal en magnifique bijou.

Techniques et esthétique toujours en évolution, le bijoutier d’Abercorn crée des bagues, des boucles d’oreille et des bracelets, privilégiant l’argent, l’or 18 carats, les pierres précieuses ou semi-précieuses comme le diamant et le quartz. Début novembre, il était au Sculpture Objects Functional Art and Design (SOFA) Fair de Chicago. En décembre, on pourra le rencontrer au Salon des métiers d’arts de Montréal. À New York, ses œuvres sont disponibles chez le bijoutier Aaron Faber. Ici, vous pouvez le rencontrer dans son atelier pendant le Tour des Arts en juillet.

matthieucheminee.com

Bagues serties de perle et opale en or et argent sterling, bijou et photo de Normand Bleau

Bagues serties de perle et opale en or et argent sterling, bijou et photo de Normand Bleau

Normand Bleau : Les dialogues fertiles

Sculpteur, peintre et bijoutier, Normand Bleau permet à ces disciplines de dialoguer entre elles dans une dynamique de régénération créative perpétuelle.

C’est à l’âge de 22 ans, après ses études en arts plastiques, que Normand Bleau s’initie à la joaillerie, à la bijouterie de la famille Sabourin, à Montréal. « Il y avait beaucoup de bijoutiers à l’époque, se souvient Normand. Le propriétaire avait été en Europe apprendre la technique de la cire perdue, ce n’était pas connu ici. » Normand Bleau et ses amis maîtrisent très rapidement les techniques et en viennent à fournir d’autres bijoutiers ; encore aujourd’hui, il gagne sa vie en créant anonymement des bijoux pour d’autres compagnies.

Normand commence à créer officiellement ses propres bijoux en 2004. En partant de la technique de la cire perdue, il multiplie les avenues, œuvrant dans le figuratif et son opposé, inventant des modèles. Ainsi, ce pendentif en argent où différentes parties mobiles peuvent s’assembler pour former un corbeau, un poisson ou une figure abstraite.

Normand Bleau a récemment commencé à expérimenter avec l’enveloppe du concombre sauvage pour reproduire sa texture dans ses bagues, ses boucles d’oreille, qui sont ensuite serties de perles ou de pierres précieuses. La matière organique s’est aussi immiscée dans ses peintures qui jouent parfois dans la tridimensionnalité. Toutes formes se rejoignant dans l’art, Normand considère ses bijoux comme de « petites sculptures ». Les bijoux de Normand Bleau sont disponibles à son atelier d’Abercorn, à la galerie Art Libre et, depuis bientôt cinq ans, au Tour des Arts.

normandbleaubijoux.com