Dérèglement climatique

Un texte de Jeanne Morazain

Paru dans le numéro

C'est le dérèglement climatique, entend-on de toutes parts. Mais un gel de plusieurs jours suivant les chaleurs estivales du mois d'avril, ça s'était déjà vu à Sutton. Voici un peu d'histoire...

dérèglement climatique
Neige de mai 2021. Photo : Lucie Hébert

C’est le dérèglement climatique, entend-on de toutes parts. Les dernières semaines ont nourri le débat. Des chaleurs aussi estivales au début d’avril, ça ne s’était jamais vu ; le gel de plusieurs jours qui a suivi a coupé l’élan des arbres à fleurs, les jonquilles et autres primeurs printanières qui, trompés, étaient déjà en pleine floraison.

L’été 1816

Or, ce n’est pas d’aujourd’hui que la nature fait des siennes. Les premiers habitants du canton de Sutton peuvent en témoigner. En 1816, le gel et le froid ont été à ce point dévastateurs que l’année est restée dans les mémoires comme étant l’année sans été. 

Tout au long de l’automne 1815 et de l’hiver 1816, les aléas du climat ont fait la vie dure aux fermiers. Gels et temps doux ont alterné. Ce mouvement de vague ne s’est pas arrêté avec le printemps. Du gel a été enregistré entre le 12 et le l9 mai ; un front chaud a marqué la quinzaine qui a suivi et l’espoir de semis est revenu. Il a été de courte durée. Le gel a de nouveau frappé dans les derniers jours de mai et au début de juin.

Cyrus Thomas rapporte dans Contributions to the History of the Eastern Townships écrit en 1866 : “A snow storm commenced on the 6th of June, and continued till the 8th ; the snow falling to the depth of six inches on the level, and where it drifted against the fences, it lay to the depth of a foot.”

D’autres épisodes de gel ont eu lieu à la fin juin, en juillet et en août ; en fait, écrit Cyrus Thomas, en 1815 et 1816 : « frosts occurred every month in the year ».

Les conséquences

Ces gels répétés et les faibles précipitations qui ont entraîné de la sécheresse ont eu des conséquences catastrophiques. Les fermiers ont eu des récoltes faméliques. Elles en ont eu aussi pour les consommateurs qui ont fait face à des pénuries et à d’importantes hausses de prix : « During this season of scarcity, » écrit Thomas, « corn, buckwheat and grain of every kind that would make bread, sold for three dollars a bushel. »  Il s’agit d’une somme énorme pour l’époque.

Cette année sans été a aussi eu raison de l’unique distillerie de Sutton, nous apprend encore Thomas. « The man at this time owning the distillery and the farm on which it stood, planted twenty-seven acres of potatoes for the purpose of supplying the distillery with the material for whiskey ; but so severe was the season, that from this number of acres he did not raise enough potatoes to supply the wants of his family. This manufactory fell into disuse in 1817. »

La cause

À l’époque, la science n’était pas en mesure d’expliquer les causes de cette année de misère. Aujourd’hui, nous savons qu’elle était la conséquence de l’éruption volcanique du mont Tambora situé sur l’île de Sumbaya dans les Indes orientales néerlandaises. L’éruption, qui a eu lieu le 5 avril 1815, a rejeté dans l’atmosphère de grandes quantités de cendres, de roches et de poussières ainsi que 200 tonnes de dioxyde de soufre. Ce qui a eu pour effet d’empêcher les rayons du soleil de réchauffer la terre pendant de nombreux mois.

Jeanne Morazain, présidente  

heritagesutton.ca

Héritage Sutton vient de publier un 34e cahier disponible en ligne sur leur site ou à l’un des points de vente suivants à Sutton: Le Cafetier, les boutiques Farfelu et Nath’elle, la friperie On va s’aimer encore, ainsi que le Bureau d’information touristique