Protéger le vivant

Un texte de Marie Bilodeau

Paru dans le numéro

Publié le : 1 juin 2022

Dernière mise à jour : 1 juin 2022

 

Yolande Castonguay et Robert Robitaille ont fait le don à la Fiducie foncière du mont Pinacle d’une servitude de conservation de 13,75 hectares (34 acres) sur leur propriété d’Abercorn qui comprend des habitats forestiers et cet important milieu humide. Marie Bilodeau leur demande ce que ce geste signifie pour eux et comment il pourrait en

servitude

Je marche souvent à la lisière du marais traversé par la rivière Sutton, qui borde mon village. En décembre dernier, j’ai été enchantée d’apprendre que ce lieu allait être protégé à perpétuité. Mes voisins, Yolande Castonguay et Robert Robitaille ont fait le don à la Fiducie foncière du mont Pinacle d’une servitude de conservation de 13,75 hectares (34 acres) sur leur propriété d’Abercorn qui comprend des habitats forestiers et cet important milieu humide. J’ai eu envie d’en savoir davantage sur ce que ce geste signifie pour eux et comment il pourrait en inspirer d’autres.

Comment l’idée de la conservation a-t-elle germé pour vous ?

Une dame nous a raconté avoir mis son terrain en conservation dans la vallée près d’ici et on a trouvé épatant qu’elle le fasse pour préserver la nature qui s’y trouve. Puis des amis et des voisins nous parlaient souvent des animaux qu’ils observent dans la nature autour du village, et du caractère précieux de ce qu’ils notent en se promenant sur notre terrain. Ça nous a rendu sensible à ce qu’on avait entre les mains.

Est-ce que vous aviez des craintes, se sont-elles avérées fondées ?

Nous avions peur que ça affecte négativement la valeur de revente de notre propriété, mais l’agent d’immeuble à qui on a posé la question a suggéré que ça pouvait à l’inverse ajouter de la valeur. On nous avait aussi mis en garde à propos des contraintes d’usages que ça peut impliquer, mais les conseillers de Corridor Appalachien nous ont clairement expliqué ce que ça implique. Ça nous a éclairé et rassuré.

Est-ce que cette servitude change l’usage que vous faites ou prévoyez faire de votre terrain ?

Pas du tout. Nous sommes toujours propriétaires de notre terrain. Nous continuons d’y marcher, méditer, prendre des bains de forêt, emmener notre famille et nos amis. Il nous serait encore possible d’y créer des sentiers ou d’y construire une cabane pour nos petits-enfants. Nous avons gardé hors servitude une parcelle suffisamment grande pour des besoins futurs. Nous ne sommes pas intéressés à y tenir une activité commerciale.

Qu’est-ce qui vous tenait à cœur ou vous attirait dans l’idée d’entreprendre cette démarche.

À la fois contribuer à protéger à long terme un trésor, le milieu humide et les vieux sages – les arbres centenaires – de la forêt, et bénéficier de la compensation fiscale rattachée au don de servitude. Ce sont les 2 pôles qui nous motivaient.

Qu’avez-vous appris au cours de cette expérience ?

Le rapport d’évaluation écologique réalisé par les biologistes est fascinant. On a découvert beaucoup d’espèces de plantes et d’animaux qui vivent sur notre terrain. Ça nous a aussi sensibilisé à ce que ça veut dire plus concrètement de respecter la nature, de protéger sa régénération et de comprendre les cycles de vie des espèces et leurs rôles. Ça nous a éveillé et ça a inspiré plein de lectures, c’est certain.

Qu’est-ce que vous auriez envie de dire aux gens qui seraient tentés d’envisager cette démarche, mais qui se sentent frileux ?

N’hésitez pas à poser toutes vos questions. Les gens qualifiés des organismes de conservation de la région sont là pour y répondre. 

Je vous remercie et vous félicite pour cet inspirant don de servitude. Votre terrain s’ajoute aux 377 hectares de milieux naturels connectés au Pinacle protégés à perpétuité.

Marie Bilodeau, résidente d’Abercorn, designer graphique et administratrice de la Fiducie foncière du mont Pinacle