Simon Bossé

Simon Bossé :  l’imprimé, la bière et l’art de rassembler

 

[PRINTEMPS 2019]

Par Geneviève Hébert

Simon Bossé
Oeuvre de Simon Bossé en couverture de l’édition printemps 2019 du Journal Le Tour

Comme son œuvre en couverture de l’édition du printemps 2019, Simon Bossé a beaucoup de « compartiments ». Impossible de parler de lui de façon linéaire.

Simon Bossé
Bande dessinée du recueil Bébêtes de Simon Bossé publié en 2009 aux éditions L’Oie de Cravan

Issu du monde de la bande dessinée indépendante…

Simon Bossé est un nom bien connu de la scène de la bande dessinée québécoise. Dans les années 90, période prolifique pour les fanzines (publications indépendantes à faible diffusion), Simon en a publié plusieurs à compte d’auteur. Il a aussi mis en valeur le travail d’autres artistes comme Julie Doucet et Siris avec les éditions Mille Putois qu’il dirige encore aujourd’hui de son bureau situé au-dessus de la Brasserie Dunham dans le Relais de la Diligence.

« À cette époque, tout le monde que je côtoyais faisait ses propres affiches, ses propres lancements, sa propre distribution. C’était une belle période, pleine d’activités, pas triste du tout. » Les créateurs de zines s’échangeaient notamment des œuvres par la poste; ainsi, Simon s’est entouré d’une communauté internationale d’artistes. Outre ses collaborations à des oeuvres collectives, il a publié 3 recueils de bandes dessinées : Intestine (2002), Bébête (2009) et Flâneurs (2012).

Simon Bossé
Illustration de Simon Bossé issue du recueil de nouvelles Le livre du Ch’fal publié chez Rodrigol

… et de la microbrasserie

Dans ces mêmes années, pendant 16 ans exactement, Simon a été serveur quelques soirs par semaine à la microbrasserie Le Cheval Blanc. Impliqué notamment lors des soirées La vache enragée qui laissaient place aux artistes de tout acabit, il a aussi laissé sa trace en créant nombre d’affiches et de tracts sérigraphiés.

Simon Bossé
Étiquette de bière de la Brasserie Dunham illustrée par Simon Bossé

La direction artistique à la Brasserie Dunham, une suite logique

Le fait de baigner dans le monde des artistes et de la bière l’a amené tout naturellement là où il se trouve aujourd’hui. « Ce que je fais pour la Brasserie Dunham, je l’ai fait toute ma vie. J’ai toujours été à la recherche d’autres artistes avec qui je finissais par échanger, » affirme-t-il.

Durant ses années au Cheval Blanc, Simon a travaillé avec le brasseur Éloi Deit, aujourd’hui copropriétaire de la Brasserie Dunham. Il y a 2 ans, Éloi avait demandé l’avis de Simon sur les propositions d’image de marque de la Brasserie. Selon Simon, il y en avait de belles, mais celles-ci ne sortaient pas du lot, comme l’ont toujours fait les bières de la Brasserie.

En effet, l’entreprise aime tester différentes avenues brassicoles, ce qui donne lieu à des goûts parfois surprenants qui déstabilisent le consommateur non averti. Un peu comme le faisaient les fanzines des années 90, abordant alors de façon déjantée des sujets moins populaires dans les grandes publications. Leur édition et leur distribution limitées ne sont pas non plus sans rappeler les éditions restreintes de certaines bières de la Brasserie.

Les propriétaires ont donc fait le choix audacieux, mais tout à fait pertinent, de donner carte blanche à Simon Bossé. Il signe aujourd’hui certaines étiquettes de l’entreprise, tout en triant sur le volet les autres illustrateurs qui s’y collent. Son ouverture aux différentes factures artistiques et son propre style éclaté, qui rappelle davantage l’art brut et le « fait main », se distinguent du graphisme épuré d’autres microbrasseries. Le travail de Simon est de plus en plus salué dans les médias culturels comme Urbania puisqu’il donne une belle vitrine aux artistes dont les noms figurent toujours sur les étiquettes.

Simon Bossé
1ère édition du journal L’Étiquette

Le Journal L’Étiquette

En dehors de la direction artistique, Simon travaille sur d’autres projets rassembleurs. Vous avez certainement déjà vu le journal gratuit L’Étiquette dans lequel figurent des illustrations d’artistes sous le thème de la bière. Cette publication biannuelle, qu’on retrouve au Québec, aux États-Unis, dans les Maritimes et en France, s’avère une autre manière pour Simon de tisser des liens avec des illustrateurs. « Peu importe si les gens m’écrivent pour me dire qu’ils l’ont encadré ou qu’ils l’ont utilisé pour emballer leurs cadeaux de Noël, ça me rend heureux… »

BD Paul
L’étiquette de bière de la Brasserie Dunham pour la 1ère édition du mini-salon en 2016

Mini-salon de la bande dessinée de Dunham

Le 6 avril prochain aura lieu la 3e édition du Mini-salon de la bande dessinée de Dunham, une autre initiative rassembleuse de Simon. Au pub, il y aura des bandes dessinées, des livres jeunesse et d’autres objets d’auteurs et illustrateurs québécois invités comme Siris, Cathon, Matthew Forsythe, Orbie et Alexandre Fontaine Rousseau. Ces derniers seront sur place pour échanger avec le public.

Lors de cet événement, la bière du Festival de la BD de Québec sera aussi lancée, illustrée cette année par Réal Godbout, dessinateur et coscénariste. Le soir venu, la Table Fermière accueillera les artistes et servira en exclusivité la bière AUVAL, car le brasseur Ben Couillard sera présent. Simon Bossé profitera de l’occasion pour lancer la 4e édition du journal L’Étiquette.

Distriboto et Archives Montréal

Simon a aussi contribué de façon significative à d’autres projets fédérateurs mettant l’art de l’imprimé en valeur tel que Distriboto, un réseau de distribution d’art (petits livres, bandes dessinées et autres) dans d’anciennes machines distributrices à cigarettes. La Brasserie Dunham est d’ailleurs un des rares endroits où on en trouve un. Il a également cofondé Archives Montréal (ARCMTL) qui a pour mission d’archiver les artefacts issus de la culture indépendante locale.

Simon Bossé
Autoportrait inédit de Simon Bossé

L’ensemble de l’œuvre

Ce n’est qu’avec un peu de recul qu’on peut contempler le travail de Simon qui ne cesse de créer des avenues pour l’art visuel. Comme pour la marmotte dont le terrier sert à plus d’un animal, tous ses projets semblent faire bénéficier une grande communauté d’artistes. Parce qu’il s’y abreuve tout en la nourrissant, cette communauté le lui rend bien, avec des événements qui ne sont jamais tristes. Rendez-vous ce printemps au Mini-salon de la bande dessinée de Dunham, le samedi 6 avril!

 

Simon Bossé :  l’imprimé, la bière et l’art de rassembler

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