La Savoyane

Un texte de Annie Rouleau

Paru dans le numéro

Publié le : 11 septembre 2026

Dernière mise à jour : 11 septembre 2026

 

L'herboriste Annie Rouleau vous propose une belle plante de nos forêts, toute discrète, mais oh combien précieuse, la savoyane.

savoyane
La savoyane. Photo Annie Rouleau

L’automne est la saison des récoltes de racines. Je vous propose donc une belle plante de nos forêts, toute discrète, mais oh combien précieuse, la savoyane, Coptis groenlandica. Avec ses feuilles trilobées, elle se fait souvent méprendre pour d’autres. Pourtant, le vert foncé, le dentelé et le côté cuir de ses feuilles la rendent assez facilement identifiable. De plus, elle est persistante, donc repérable même sous la neige.

La récolte

La savoyane pousse dans les sous-bois humides, les mousses, souvent au pied des thuyas et des pruches. On utilise son rhizome et ses feuilles. La récolte est fastidieuse, ledit rhizome n’étant pas plus gros qu’un fil à pêche. Bien entendu, qui dit récolte de rhizome ou de racine dit diminution de la colonie. Il est donc primordial de ne récolter que de petites quantités, dans des endroits largement peuplés. Sa cousine, l’hydraste du Canada, n’existe plus à l’état sauvage à cause de récoltes abusives.

Il y a quelques années, dans un texte traitant justement de l’hydraste, j’ai parlé de la berbérine, cet alcaloïde retrouvé dans plusieurs plantes, leur donnant leur puissante couleur or. C’est un des principaux constituants de la savoyane. Son rhizome doré est remarquable. Il suffit de soulever la couche d’humus autour des feuilles pour le découvrir.

Ses propriétés

La savoyane, comme toutes les plantes à berbérine, est antiseptique de façon assez globale. Plus spécifiquement, elle est bactéricide et fongicide. Elle agit merveilleusement sur les muqueuses du système digestif sur toute sa longueur, sur la peau, les yeux et la muqueuse vaginale. Elle agit sur des bactéries intenses comme les staphylocoques et streptocoques, sur le candida et l’herpès. Comme je dis toujours, consulter une personne spécialisée si vous souhaitez utiliser la plante pour traiter des troubles jugés graves. L’automédication comporte des risques. Si le sujet vous intéresse, je vous suggère l’excellent livre écrit par Stephen Bunher, intitulé Herbal Antibiotics. En anglais, très instructif et rempli de trucs, techniques d’extraction et recettes.

Où la trouver

L’herboristerie La clef des champs dans les Laurentides cultive et récolte la savoyane dans les sous-bois qui bordent ses jardins. Leurs produits sont de haut calibre et sont bien distribués partout au Québec. Il est ainsi possible de commander des fioles de teinture de savoyane dans les magasins de produits naturels comme Verveine à Cowansville. L’herboristerie Officinalis à Sutton peut aussi en commander si son inventaire n’en contient pas au moment où vous en aurez besoin.

Petit texte expéditif sur cette plante que je chéris profondément. Si j’avais un terrain approprié, il est clair que j’en cultiverais. Vous pouvez en faire autant ! Il faut simplement trouver des plants et s’armer de patience, car elle pousse lentement. Peu de producteurs de plantes indigènes québécoises en ont, en fait, je n’en ai trouvé aucun. Nursery for the Earth, un producteur ontarien en tient et peut en envoyer par la poste.

Sur ce, un bel automne, je vous souhaite !

Annie Rouleau, herboriste praticienne

annieaire@gmail.com

Références

Herbal Antibiotics, par Stephen Harrod Buhner, éditions Storey Publishing

Officinalis Sutton

La clef des champs

Nursery for the earth