Le basilic sacré

Un texte de Annie Rouleau

Paru dans le numéro

L’année qui vient de s’écouler dans un tumulte souvent désorientant a tout de même ouvert certaines portes. Celle de la conscience un peu plus ancrée de l’importance de la consommation locale, entre autres. Celle du temps, tout à coup disponible pour un grand nombre d’humains. Temps étrange, il va sans dire, mais plusieurs l’ont utilisé…

L’année qui vient de s’écouler dans un tumulte souvent désorientant a tout de même ouvert certaines portes. Celle de la conscience un peu plus ancrée de l’importance de la consommation locale, entre autres. Celle du temps, tout à coup disponible pour un grand nombre d’humains. Temps étrange, il va sans dire, mais plusieurs l’ont utilisé à bon escient, en profitant de la nature, par exemple, ou pour créer des œuvres éphémères ou durables, comme un potager. L’année qui débute promet son lot de défis, elle aussi. Le potager risque donc de rester au goût du jour. Outre les légumes, plusieurs plantes médicinales adaptées agrémentent à souhait les espaces de culture au jardin. Une merveilleuse on ne peut plus appropriée par les temps qui courent pourrait peut-être en intéresser certains : le basilic sacré, Ocimum sanctum en latin, Tulsi de son nom indien.

basilic sacré
Basilic Sacré

Le basilic sacré est originaire du centre-nord de l’Inde. On le trouve aujourd’hui bien installé dans la plupart des pays d’Asie du Sud-Est. En Inde, le Tulsi est vénéré. On le plante près des temples et la terre dans laquelle il pousse est considérée comme sacrée. En ayurveda, il se nomme aussi « la mère médecine de la nature » ou encore « la reine des herbes ». C’est de cette pharmacopée que les premières connaissances médicinales du basilic sacré nous proviennent. Les usages ayurvédiques de la plante y sont autant médicinaux que spirituels. Selon cette médecine, la consommation quotidienne de Tulsi prévient la maladie, favorise la santé en général, tout comme le bien-être et la longévité, en plus d’assister le corps dans sa gestion des différents stress. Comme pour beaucoup de ces plantes anciennes en Orient, la science moderne commence à corroborer des millénaires d’usage empirique par des recherches pointues.

En Occident, le terme traduisant l’usage principal du basilic sacré est « adaptogène », c’est-à-dire une plante qui augmente la vitalité et la résistance du corps aux stress environnementaux, sans agir de façon spécifique. L’agression de l’organisme par des agents tant chimiques que physiques ou métaboliques crée toutes sortes de réactions potentiellement dangereuses. Une de ces réactions est la suroxydation de l’organisme. Le basilic sacré protège les cellules et aide la détoxification en augmentant les niveaux de molécules antioxydantes, comme le glutathion, et d’enzymes antioxydantes, comme la superoxyde dismutase. En d’autres mots, il aide le corps à désactiver, puis à éliminer les radicaux libres dommageables. La liste des troubles créés par de telles situations est longue et complexe. Le Tulsi est souvent combiné à d’autres plantes adaptogènes, comme le reishi. Consultez votre herboriste !

La plante est aussi utilisée pour aider à régulariser la pression artérielle, pour diminuer le cholestérol et réduire les risques de maladies cardiovasculaires. Il faut bien surveiller la pression lorsqu’on souhaite introduire le basilic sacré en combinaison avec des médicaments hypotenseurs. Dans ce même ordre d’idée, le Tulsi entre souvent dans des mélanges servant à réduire l’inflammation du cerveau et en augmenter la circulation, favorisant ainsi la concentration et la mémoire, ou pour accélérer le rétablissement à la suite d’un traumatisme crânien.

Autre application digne de mention, le diabète de type 2. Le basilic sacré est une des plantes reconnues pour aider à diminuer de manière significative le taux de sucre sanguin. Prise en infusion – qui est fort agréable au goût –, en extrait liquide ou en teinture de façon régulière, la plante agit magnifiquement. Comme pour la pression, il faut garder un œil très attentif lorsqu’on le consomme conjointement avec des médicaments antidiabétiques.

Un auteur australien compare le Tulsi au yoga, le nommant affectueusement « le yoga liquide » pour ses effets calmants et anxiolytiques favorisant la clarté d’esprit et le bien-être global. On dit que le Tulsi redonne goût à la vie et nourrit le lien corps-esprit, conjointement à un travail thérapeutique approprié et à de saines pratiques d’exercices, il va sans dire.

Je suis consciente que toutes les plantes que je présente dans mes textes semblent plus merveilleuses les unes que les autres. Mais– vous savez quoi? – elles le sont! Le simple fait de faire pousser une plante, de la chérir pour qu’elle grandisse en force et de la magnifier par l’intention que l’on porte en sa présence est gage d’une satisfaction incroyable. La médecine ayurvédique utilise beaucoup cette relation spirituelle avec les plantes. Et le basilic sacré en est une des plus importantes. Elle pousse très bien chez nous et peut facilement fournir deux ou trois récoltes par été. Alors, profitons-en allègrement! Un peu de calme durant les tempêtes ne peut que faire du bien.

Bien à vous,

Annie Rouleau, herboriste praticienne

Sources internet :

1) National Center for Biotechnology Information: ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC4296439/pdf/JAIM-5-251.pdf

2) Healthline: healthline.com/health/food-nutrition/basil-benefits#Not-your-basic-basil

3) Mederi Center: medericenter.org/the-mederi-blog/holy-basil-an-herb-with-incomparable-benefits.html

4) Frontiers : frontiersin.org/articles/10.3389/fmicb.2016.00681/full

Références :

Adaptogens, David Winston et Steven Maimes, éditions Healing Arts Press.

Médecine traditionnelle chinoise : plantes médicinales occidentales, Anne Vastel et Sylvie Chagnon, Guy Trédaniel éditeur.

Medical Herbalism: The Science and Practice of Herbal Medecine, David Hoffmann, éditions Healing Arts Press.