ZIG-ZAG ou l’art d’enseigner la couture

Un texte de Isabelle Capmas

Paru dans le numéro

Avec ses cinq formations : couture, dessins de patrons, ajustement, tissus extensibles et moulage, l’école de coupe et de couture ZIG-ZAG, à Frelighsburg, est un trésor bien caché de notre région.

L’école de coupe et de couture ZIG-ZAG, à Frelighsburg, est un trésor bien caché de notre région. Avec des inscriptions en attente, elle était, en septembre, remplie d’élèves qui venaient tous de Montréal. Pourquoi se déplacer pour un cours vers ce coin isolé en pleine campagne ? La réponse se trouve en la personne de sa fondatrice et âme pensante, Pauline Cossette. Cette femme discrète et délicate a su transformer sa passion en un modèle d’enseignement que beaucoup de professeurs devraient lui envier. Elle a cheminé sereinement de sa carrière de couturière, entamée dans les années 70, vers celle de formatrice, après avoir eu la révélation de sa véritable vocation : transmettre son savoir. 

« Je n’aimais pas gérer des employés », s’excuse presque Pauline dont les créations de vêtements tissés et cousus 100 % à la main ont pourtant connu du succès auprès d’une clientèle fidèle et au Salon des métiers d’art. « Un monsieur m’a appelée pour se procurer le même chandail qu’il m’avait acheté dans les années 70 et que son fils portait encore. » C’est dire la qualité et l’intemporalité de ses modèles. 

Pauline Cossette. Atelier ZigZag
Pauline Cossette

Au fil de la vie

Mais Pauline Cossette n’est pas une nostalgique. Elle analyse son parcours avec la sagesse des maitres, même si sa modestie lui interdit de se considérer comme tel. De son enfance en Abitibi, elle se souvient qu’il lui était naturel d’aider les élèves en difficulté. Déjà, sa professeure lui avait conseillé d’enseigner. Entretemps, elle découvre la couture en autodidacte dès l’âge de 12 ans. « Ça m’est venu tout d’un coup un matin. Mon premier vêtement a été une robe que je me suis confectionnée à partir d’une jupe de ma mère.

J’ai acheté mes premiers patrons commerciaux à 13 ans. Adolescente, j’habillais toutes les femmes de la famille. » Elle s’inscrit néanmoins à 17 ans dans une école d’infirmière à Montréal, mais préfère rapidement piquer de l’aiguille les tissus plutôt que les gens. Elle s’inscrit alors à l’école du marché Bonsecours où elle se forme au tissage auprès d’une religieuse experte. 

Elle installe son premier atelier de confection à Saint-Roch-de-Richelieu, tout en intégrant la très sélective école de haute couture Cotnoir-Capponi, aujourd’hui disparue. « Cela a été une expérience extraordinaire d’un point de vue technique, mais je trouvais que cela mettait de côté la créativité. » Revenue à Montréal, elle se consacre à sa famille, tout en suivant un cours à l’école de coupe et couture Larose, plus axée sur l’industrie de la mode. On lui offre alors l’occasion d’y enseigner et c’est là que le déclic se produit : elle réalise à quel point elle est à sa place. 

Après la vente de l’école Larose, la création de l’école ZIG-ZAG en 2001, à Montréal, devient une évidence, même si Pauline la voit d’abord comme un passe-temps pendant qu’elle élève ses deux fils. Le succès de ses cours la rattrape et ne la lâche plus. « En 2014, j’avais entre 175 et 200 étudiants, et une liste d’attente de quatre ans ! » Elle a tout réduit pour ne garder aujourd’hui que deux jours par semaine à Montréal et trois à Frelighsburg où elle habite depuis plus de 30 ans. Mais qu’est-ce qui attire autant d’élèves, certains fidèles depuis des années ? Assurément la formule de ces cours autant que la passion qui les anime. 

L’école offre cinq formations : couture, dessins de patrons, ajustement, tissus extensibles et moulage. Chaque formation est structurée en sessions que l’élève est libre d’achever à son rythme. Les classes comptent maximum six personnes, de tous niveaux et de cours différents, ce qui rend l’expérience collectivement enrichissante. 

Une patronne experte

Parmi les cinq élèves présents en ce beau dimanche de septembre, l’ambiance est studieuse et décontractée. Gabrielle, qui commence son tout premier cours, est déjà à l’aise. Phoebe, expérimentée, vise une attestation en dessin de patron. Le but étant de faire de la coupe en atelier et d’enseigner plus tard. Isabelle est comptable et vient pour le plaisir : « Je suis lente. Pauline a une patience incroyable. » Stéphanie, qui est en finances et n’avait jamais cousu avant. Elle se fait maintenant ses propres vêtements de bureau. « Je suis venue chercher le côté créatif, un bel équilibre entre la technique et l’artistique. »

Enfin, Thierry est un pur exemple des accomplissements de Pauline. À 19 ans, ce grand jeune homme veut réaliser son rêve d’enfant, devenir créateur. Inscrit en design de mode à l’UQÀM, il a trouvé en Pauline une mentore. Il apprend avec elle toutes les bases en accéléré : « Elle a un savoir-faire très rare. » Gageons qu’on entendra un jour parler de Thierry Brassard, tout comme se sont révélés d’anciens élèves de ZIG-ZAG : Henri Maheu, chef d’atelier en dessin de patron chez de grands couturiers, le créateur Xavier Laruelle ou Julie Dumais qui a lancé depuis les maillots de bain June Swimwear. 

ZigZag école de coupe et couture.
Pauline Cossette et une étudiante chez ZigZag école de coupe et couture à Frelighsburg.

On rêve tous d’une professeure comme Pauline Cossette. Elle s’adapte aux besoins de chaque élève, partageant son expertise avec douceur et honnêteté. « Je donne tous mes secrets. Il faut que les élèves deviennent meilleurs que leurs professeurs. » Son vrai secret est surtout la bienveillance qui accompagne sa démarche : « Je sens que je fais œuvre utile. Ça rend des gens heureux, et peut même changer des vies. C’est gratifiant ! »

École de coupe et couture ZIG-ZAG
Montréal et Frelighsburg 
514 596-0709
info@ecolezigzag.com

ecolezigzag.com

Mise à jour: Les cours de l’école ZIG-ZAG, à Montréal et à Frelighsburg, sont en pause depuis début octobre, du fait de la situation sanitaire actuelle. Information sur le site.