La Suttonnaise du vin

Un texte de Marc Chapleau

Paru dans le numéro

La sommelière Nadia Fournier, Suttonnaise d'adoption, n'a jamais eu peur de prêter sa voix aux vins québécois.

Les vins québécois, et bien entendu ceux de Brome-Missisquoi, ont acquis des lettres de noblesse ces dernières années. Grâce au savoir-faire vigneron, au premier chef, mais aussi aux vignes, qui gagnent en maturité, ainsi qu’à l’incontournable dérèglement climatique, qui allonge souvent la durée de la saison végétative. Mais nos crus locaux bénéficient également d’un autre coup de pouce. Celui de la critique, des chroniqueurs et des sommeliers, qui souvent les encensent volontiers.

Nadia Fournier, sommelière, auteure et conférencière

Parmi ceux-ci, une fille d’ici. Nadia Fournier, par ailleurs auteure du fameux Guide du Vin et conférencière, réside en effet à Sutton depuis plusieurs années. 

Je l’ai pour ma part vraiment connue en 2009. Alors rédacteur en chef du magazine Cellier, j’avais appelé son mentor, Michel Phaneuf, pour lui demander de participer comme juré au Jugement de Montréal, une dégustation comparative que nous étions alors à organiser.

« Tu devrais demander plutôt à Nadia », objecta celui qu’on a longtemps surnommé le pape du vin, au Québec. « Elle serait tout à fait compétente et en plus, l’expérience serait très formatrice pour elle. »

Celle qui s’apprêtait, un an plus tard, à prendre officiellement le relais de Michel Phaneuf s’avéra de fait à la hauteur. En compagnie de la sommelière Véronique Rivest et d’une pléiade de dégustateurs chevronnés, Nadia contribua au succès de l’événement.

Toute une commande !

Cela dit… en toute honnêteté, au début, quand le milieu a su qu’une jeune peu connue de 29 ans allait remplacer Phaneuf, certains ont sourcillé. La tâche ne serait-elle pas trop ardue ? Surtout qu’il ne s’agit pas seulement de bien goûter, il faut aussi savoir très bien écrire. Pfff… voilà déjà longtemps que l’élève a égalé le maître !

Chose certaine, en signant l’automne dernier la 41e édition du Guide du vin, l’autodidacte et « chasseuse de terroirs et de nouveaux horizons », comme elle se décrit, a prouvé qu’elle était de la trempe des marathoniennes.

Or non seulement entend-elle poursuivre l’aventure du Guide du vin, mais Nadia Fournier participe aussi aux activités du trio des « Méchants Raisins », notamment via un balado qu’on peut écouter sur QUB radio. Toujours depuis sa maison de Sutton, elle anime d’autre part quantité d’événements liés au vin, auprès d’une diversité de publics — « en virtuel ou en vrai », souligne-t-elle.

Par ailleurs farouche partisane du vin dit nature, produit avec un minimum d’interventions et au goût souvent particulier, la Suttonnaise se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins.

Ce qu’on peut entre autres lui souhaiter, maintenant, c’est de bientôt en venir à signer un autre ouvrage sur le vin – sans lien cette fois avec celui, édité pour la première fois en 1981, qui l’avait lancée voilà dix ans. Un essai, un journal, des carnets de route, voire une biographie…

Connaissant son dynamisme, sa rigueur et son application, son opiniâtreté aussi, ça ne saurait tarder!

À boire, aubergiste !

Une des nombreuses bières proposée par l’équipe de la Broüerie, la Trail à Brett, une pale ale à 5,1 % d’alcool.

Si les vins du Québec ont pris du galon ces dernières années, voilà longtemps en revanche que nos bières cassent la baraque. Ainsi la Brouërie, à Sutton, en élabore d’excellentes, qui font en quelque sorte écho aux vins nature prisés par Nadia Fournier. La microbrasserie locale a en effet recours à des levures particulières — des bretts, comme on les appelle familièrement. Celles-ci peuvent conférer aux bières une odeur et un goût caractéristiques qui, à l’instar des vins nature, ne plaisent pas nécessairement d’emblée. En l’occurrence, cela rappelle un peu… l’écurie. Pas exactement ragoûtant, je sais. Sauf que ça marche, l’ensemble est convaincant, on reprend volontiers une autre gorgée. 

Parmi la kyrielle proposée par l’équipe de la Broüerie, essayez de goûter la Trail à Brett, une pale ale à 5,1 % d’alcool. Sèche et désaltérante, amère juste assez (indice IBU de 39), très satisfaisante.

Marc Chapleau