réchauffement climatique

Réchauffement climatique

 

[PRINTEMPS 2019]

Par Daniel Laguitton

réchauffement climatique

 

 

En 2013, l’environnementaliste et auteur américain Paul Hawken lançait un vaste projet de recherche regroupant une coalition internationale d’experts, de scientifiques, d’entrepreneurs et de militants incluant 70 chercheurs de 22 nationalités différentes, dont 40 % de femmes. L’objectif était d’identifier cent mesures concrètes pour inverser le réchauffement climatique. Le projet était intitulé Drawdown [à la lettre « tirer vers le bas »], un terme utilisé surtout dans le domaine financier pour désigner la décroissance d’une tendance après un pic qui est aussi son point de bascule.

La liste des solutions dégagées par cette recherche est présentée et commentée dans un ouvrage publié en anglais en avril 2017 et, l’année suivante, en français sous le titre Drawdown : comment inverser le cours du réchauffement planétaire [traduction de Amanda Prat-Giral, Arles : Actes Sud, 2018 -568 p.].

Dans l’avant-propos, Jonathan Foley, directeur exécutif de l’Académie des Sciences de Californie écrit notamment : « En tant que spécialiste du climat, je suis découragé par les phénomènes qui ont lieu depuis quelques dizaines d’années dans le monde entier. […] Tandis que la majeure partie de la population poursuit son chemin en se bouchant les oreilles, ceux qui ont assimilé les données scientifiques vivent dans la peur, parfois même dans le désespoir. L’histoire du changement climatique s’est transformée en un récit apocalyptique, et ceux qui l’écoutent la nient, se mettent en colère, ou s’y résignent. Moi-même parfois, j’ai fait partie de ces gens-là. Grâce à Drawdown, ma vision des choses a changé. […] Drawdown m’a aidé à retrouver la foi en l’avenir, et en la capacité des êtres humains à relever d’incroyables défis. Nous disposons de tous les outils nécessaires pour combattre le changement climatique et, grâce à Paul et à son équipe, nous avons dorénavant leur mode d’emploi. Maintenant, au travail ! »

Les six premières mesures recommandées dans ce palmarès prometteur représentent à elles seules près de 40 % de la contribution totale des solutions proposées à la réduction de l’émission de gaz à effet de serre (GES) due à l’activité humaine.

La mesure présentant le plus grand impact est l’élimination des hydrofluorocarbures, ou HFC, utilisés comme fluides de réfrigération. Les HFC ont largement remplacé les chlorofluorocarbures (CFC) dont on avait constaté l’effet destructeur sur la couche d’ozone. Il s’avère toutefois que les HFC ont un effet de serre des centaines de fois plus marqué que le dioxyde de carbone. On remarquera le cercle vicieux mis en lumière par le fait que ce sont nos techniques de réfrigération qui viennent en tête des mesures susceptibles de combattre le réchauffement climatique, en effet, plus le réchauffement s’accentue, plus le besoin de réfrigération augmente et plus on contribue donc au réchauffement global. Refroidir localement sans TROP réchauffer globalement, tel est le premier défi.

Deuxième mesure recommandée par le projet Drawdown : mieux capter l’énergie éolienne terrestre. L’éolien a beau avoir le vent en poupe [ha ha!], il n’est cependant pas une panacée et ses impacts négatifs, notamment sur la faune et sur la pollution sonore et visuelle, sont très importants. Comme dans le cas du remplacement des CFC par les HFC, le remède est parfois pire que le mal.

Troisième mesure, réduire le gaspillage alimentaire. Un tiers des aliments produits n’atteint jamais le consommateur. « Couvrez ce fruit taché que je ne saurais voir, par de pareilles horreurs ma table serait gâchée ! » Il faut pourtant la même quantité d’énergie, d’eau, et d’autres intrants agricoles pour faire pousser une pomme tachée ou une carotte fourchue qu’une pomme immaculée ou une carotte droite. Dix minutes d’observation dans une fruiterie suffisent pour constater aussi que pour la majorité des clients irréfléchis, le choix d’un fruit passe par le tripotage [traduction : l’enfoncement du pouce !] dans quatre ou cinq fruits semblables qui, à la fin de la journée, seront meurtris et invendables. Selon le Livre blanc de la Commission de la coopération environnementale, publié en mars 2018, la perte et le gaspillage des aliments atteignent, au Canada, 396 kilogrammes par personne par an et 415 kilogrammes aux États-Unis, soit près de cinq fois le poids moyen d’un adulte. Bonne nouvelle, les initiatives visant à réduire et à mieux gérer les résidus alimentaires se multiplient. Ainsi, en décembre 2018, dans le cadre du concours Demain le Québec, la Fondation David Suzuki remettait un premier prix au Festival Zéro Déchet de Montréal. Les municipalités ont également lancé la distribution de bacs bruns pour la collecte des résidus alimentaires destinés au compostage. À ce sujet, par contre, s’il est vrai que le chameau est un cheval dessiné par un comité d’experts, le surdimensionnement des bacs bruns et leur distribution uniforme, y compris aux nombreux résidents ruraux qui pratiquent le compostage depuis des décennies et ne l’utiliseront jamais, portent à croire que ce noble projet pourrait avoir été conçu par le même comité.

Quatrième mesure : adopter une alimentation plus riche en végétaux. Outre les considérations éthiques associées au traitement abject réservé aux animaux, l’élevage émet autant sinon plus de gaz à effet de serre que le transport. Un réajustement de l’alimentation humaine en faveur de sources végétales s’impose donc.

Cinquième mesure : conserver les forêts tropicales qui, en absorbant une partie importante du gaz carbonique de l’atmosphère, exercent, à l’échelle planétaire, une fonction pulmonaire inversée. Environ un hectare de forêt disparaît chaque seconde. Tic, tac, tic, tac.

La sixième mesure en surprendra plusieurs. Il s’agit de l’éducation des filles. Comme plusieurs l’ont fait remarquer, éduquer une fille, c’est éduquer une famille ou même une nation. Or, depuis 5000 ans, le patriarcat assure son pouvoir en faisant exactement le contraire. Il faudrait des pages pour décrire l’effet multiplicateur de l’éducation des filles et le rôle important des femmes dans la mouvance écologique, mais pour illustrer ce point et en guise de conclusion je me limiterai à une phrase de la chanson « À vous mes beaux messieurs » de Julos Beaucarne : « Celles qui font de nous des hommes sont les mères ». Cela vaut évidemment pour le meilleur et pour le pire.

Réchauffement climatique : qu'alors y faire selon Drawdown

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