Pavot du soleil

Un texte de Annie Rouleau

Paru dans le numéro

Le pavot californien agit notamment sur le système nerveux. Il est principalement anxiolytique, sédatif et analgésique.

Pavot californien
Le pavot californien

Encore une belle plante cet été, une plante délicate, mais lumineuse, qui vous met le sourire au visage. Le pavot californien, Eschscholtzia californica pour les intimes. Emblème floral de la Californie, il est originaire de la côte et du centre ouest des États-Unis. Il pousse très bien ici, colorant les massifs d’un riche orangé. Il aime les sols secs et plutôt sablonneux, bien drainés et en plein soleil. Le pavot californien fleurit en début d’été. Il faut le récolter à l’apogée de sa floraison. Il arrive que ses fleurs soient plus jaunes qu’orange, ce qui indique une trop forte concentration minérale dans le sol. Ne récolter donc que les plants aux fleurs orange flash. Toute la plante est utilisée : racines, tige, feuilles et fleurs.

Le pavot californien regorge de constituants médicinaux importants, très puissants pour certains. Constituants qui, lorsqu’autrement combinés dans une plante, auront des effets complètement différents. Les alcaloïdes surtout, ces composés organiques naturels, généralement végétaux et possédant des propriétés pharmacologiques importantes. Le pavot californien en est riche. Certains d’entre eux se retrouvent aussi dans d’autres plantes médicinales, mais agissent de manière différente, comme la sanguinarine. Dans la sanguinaire par exemple, cet alcaloïde a un effet antibactérien, antigingivitique et anti-inflammatoire, pour ne nommer que ceux-ci. Dans le pavot californien, à cause des autres constituants de la plante, la sanguinarine agira plutôt sur le système nerveux. Tout ça pour vous expliquer pourquoi, règle générale, je suis de l’école de l’usage des plantes entières versus l’extraction de constituants spécifiques. Les plantes sont précisément constituées d’abord pour leur propre usage. Les utiliser pour leurs propriétés médicinales requiert une vue d’ensemble.

Le pavot californien agit donc sur le système nerveux. Il est principalement anxiolytique, sédatif et analgésique. Il tranquillise, endort, diminue les spasmes et soulage la douleur partout dans le corps, ou presque. C’est par l’action de tous ces alcaloïdes aux propriétés variées, mais ici concentrées sur un même système, que le pavot californien est si puissant et doux à la fois. Il convient bien aux enfants, aux convalescents, aux personnes âgées, aux ménopausées et aux individus souffrants de troubles mentaux. Pour l’humeur irritable et l’agitation, l’insomnie, l’anxiété, les maux de tête de tension, les spasmes et autres douleurs, la dépression, les sevrages de toutes sortes. Chez les enfants, la plante agit comme tonique nerveux. Les premières nations de l’ouest des États-Unis l’utilisaient déjà comme sédatif pour les enfants, pour les douleurs internes et pour améliorer le sommeil.

Par la bande, le pavot californien agit aussi sur les systèmes digestif et cardio-vasculaire. Certains de ses constituants sont cependant des spécifiques de ces systèmes, comme la berbérine qui est cardiotonique, fluidifiante sanguine et tonique des muqueuses. Est-elle seule responsable des actions du pavot californien sur le cœur ou l’intestin ? Non, c’est là encore une action collective ! La plante est donc utilisée pour calmer les situations de palpitations cardiaques et d’hypertension, les troubles digestifs reliés au stress, la congestion et la paresse hépatique, les coliques et spasmes digestifs.

Comme la plupart des constituants du pavot californien ne sont pas solubles dans l’eau, il est préférable de privilégier la macération dans l’alcool. En plus, le goût de l’infusion est extrêmement amer, ce qui ne le rend pas particulièrement agréable à boire. La teinture prise en petites doses (un demi à un millilitre) agira sur le corps sans altérer les fonctions mentales. En fortes doses (un et demi à deux ou trois millilitres), le pavot sera somnifère et pourra alors ralentir les fonctions mentales. La plante est quand même une proche cousine du pavot somnifère! La différence entre les deux réside surtout dans la plus haute concentration en morphine et en codéine de ce dernier. Leur présence chez le californien est vraiment infime.

Certaines précautions sont aussi importantes à considérer. D’abord, le pavot californien est déconseillé aux futures mamans et à celles qui allaitent. Il est aussi peu souhaitable que les ex-accros aux opiacées en consomment. La plante peut interférer avec les médicaments anxiolytiques, antipsychotiques et antidépresseurs. Les analgésiques aussi. Notez qu’il se combine très bien avec d’autres plantes pour aller plus loin dans le traitement d’un trouble. Consultez votre herboriste!

Annie Rouleau, herboriste praticienne

annieaire@gmail.com