L’eau, une denrée rare à Sutton

En l’état actuel des choses, avec les changements climatiques, l'eau se fera plus rare, ici et ailleurs, en raison des étiages importants qui sont attendus. 

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La rivière Sutton ne consiste parfois qu’en un mince filet d’eau en été.

L’eau à Sutton est une denrée précieuse qui se fait de plus en plus rare. La décision récente de la municipalité et de la MRC d’interdire tout développement dans le secteur montagne est le reflet de cette rareté et met en lumière l’enjeu autour de son approvisionnement. 

Les changements climatiques que nous vivons actuellement risquent d’aggraver la situation. Le sud du Québec, relativement chaud et sec, est en première ligne de cet enjeu d’approvisionnement qui prendra de plus en plus d’importance au fil du temps et qui mènera inévitablement à des conflits d’usages entre les habitations, les activités récréotouristiques et les besoins en eau des écosystèmes. 

L’eau de surface

La source d’approvisionnement en eau la plus évidente est l’eau de surface, soit celle des lacs et rivières. Les lacs Spruce et Vogel, directement sur la montagne, sont la source de la rivière Sutton. Ils alimentent actuellement en eau les résidences du secteur montagne. Un récent rapport fait état que l’utilisation de cette eau de surface se fait déjà au maximum, c’est-à-dire qu’il est impossible d’y puiser davantage d’eau sans mettre en péril la ressource. 

Les changements climatiques s’accompagneront d’une baisse des précipitations en été, ce qui présage des étiages de plus en plus importants. Déjà, l’été 2021 fut particulièrement chaud et sec, menaçant l’approvisionnement en eau des résidents du secteur montagne. Cette situation est appelée à se répéter dans l’avenir, voire même à s’aggraver. 

L’eau souterraine

L’eau souterraine et l’eau de surface sont interconnectées. Notons que l’eau souterraine se recharge en montagne et alimente les cours d’eau et les lacs sur la montagne, ce qui permet de maintenir un écoulement toute l’année dans plusieurs ruisseaux. La carte des zones recharges de l’eau souterraine montre bien qu’elle se recharge dans le secteur du mont Sutton. Pour que les zones de recharge gardent leur rôle essentiel dans le système hydrologique, il faut éviter de les drainer (par exemple avec des fossés ou des puits) et de les imperméabiliser (par exemple avec du pavage). 

Lorsque l’eau de surface ne suffit plus, l’eau souterraine devient parfois la seule ressource disponible pour l’alimentation en eau. Sauf qu’une pression trop importante sur l’eau souterraine la mettra en péril et risque d’affecter négativement l’approvisionnement en eau de surface aussi. Déjà plusieurs signaux indiquent que le niveau des nappes phréatiques dans ce secteur est à la baisse.

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Zones de recharge de l’eau souterraine.

Conflits d’usage à l’horizon

Le mont Sutton est avant tout un milieu naturel. Pourtant, les usages récréatifs et résidentiels qu’on y trouve engendrent une pression sur l’environnement, particulièrement sur la ressource en eau. La multiplication des logements dans le secteur accroit forcément le besoin en eau. Sauf que, si l’on construit à cet endroit, c’est aussi pour la proximité avec la station de ski et le parc naturel. 

La station de ski nécessite à elle seule une grande quantité d’eau pour pouvoir fabriquer la neige nécessaire à ses activités. Au fil des années, avec le climat qui change, l’enneigement dans la région diminuera inexorablement et les besoins en eau pour fabriquer de la neige augmenteront. Se pose alors la question : comment faire face à cette situation alors que l’eau manque déjà sur la montagne ? 

Si le besoin venait à engendrer une pression plus importante sur la ressource en eau souterraine, la dernière disponible dans ce secteur, c’est toute la biodiversité locale qui serait mise à mal. La faune et la flore exceptionnelle que l’on retrouve sur la montagne ont besoin d’eau et on sait déjà qu’en l’état actuel des choses, avec les changements climatiques, cette eau sera moins disponible en raison des étiages importants qui sont attendus. 

Ski, chalet, nature

Malgré la décision difficile de la municipalité et de la MRC de freiner le développement sur la montagne, il semble que d’autres choix difficiles en matière d’aménagement territorial soient à venir. La montagne semble avoir atteint le maximum de sa capacité de support. Le développement de la municipalité passera forcément par un meilleur équilibre entre la montagne et le village en fond de vallée, surtout si la municipalité aspire à maintenir les différents usages du territoire qui font actuellement sa réputation dans la région. 

Face à cet enjeu grandissant, le conseil d’administration de l’Organisme du bassin versant de la baie Missisquoi a décidé d’inclure la problématique de l’approvisionnement en eaux souterraines comme un enjeu prioritaire du bassin versant. En effet, la municipalité de Sutton n’est pas la seule dans la région à vivre des difficultés d’approvisionnement en eau. 

Anthoni Barbe, chargé des communications à l’OBVBM