Nord

Un texte de Annie Rouleau

Paru dans le numéro

Voici une plante du Nord pour cet hiver, une de celles que je préfère, parce qu’elle est belle et puissante, qu’on peut la récolter à l’année, qu’elle parle de la santé des forêts, qu’elle est une symbiose entre une algue et un champignon : Usnea.

Usnea pour les intimes

Voici une plante du Nord pour cet hiver, une de celles que je préfère, parce qu’elle est belle et puissante, qu’on peut la récolter à l’année, qu’elle parle de la santé des forêts, qu’elle est une symbiose entre une algue et un champignon : Usnea spp. « Spp » parce qu’il existe plusieurs espèces interchangeables, comme barbata, hirta, longissima. Cette plante est communément appelée usnée barbue ou Old’s man beard à cause de son apparence de barbe hirsute, aux branches gris-vert, fines et rondes avec, en leur centre, un fil blanchâtre et élastique lorsqu’humide, cassant quand il sèche. C’est la caractéristique spécifique à l’identification de l’usnée. Les autres lichens sont gris-vert de part en part, plutôt plats et beaucoup moins fins. Ils se retrouvent souvent sur la même branche, d’où l’intérêt de bien faire la différence. L’usnée pousse surtout sur les conifères, mais pas exclusivement. C’est une plante des montagnes de l’hémisphère nord.

Entre l’algue et le champignon

Usnea filipendula
Usnea filipendula

La symbiose entre l’algue et le champignon confère à l’usnée des propriétés médicinales super extra top nutch. La partie externe du lichen, le cortex, est la composante « algue » de l’usnée, lui permettant de faire de la photosynthèse. Elle a une action antibactérienne, antimicrobienne et antifongique.

Le thallus, ou partie interne, est ce fil blanchâtre au centre des branches. C’est la partie « champignon » qui, elle, agit sur l’immunité. Les composantes biochimiques responsables de ces actions médicinales sont principalement l’acide usnique présente dans le cortex et des polysaccharides immunostimulants qu’on retrouve dans le thallus. Les premiers sont solubles dans l’alcool, les seconds dans l’eau, ce qui complique un brin l’extraction. Une simple infusion ne permettra pas de profiter de l’action antibactérienne de l’usnée et une teinture agira peu sur l’immunité. La solution idéale est une double macération, à chaud de surcroît. Si cette option vous rebute, choisissez le solvant adéquat au trouble à traiter ou consultez votre herboriste.

Elle soigne les ites

Par ses actions antibactériennes et antifongiques, l’usnée est incroyable pour venir à bout d’infections, même colossales, surtout au niveau des voies respiratoires, poumons et sinus inclus. Elle soigne toutes les maladies en « ites » respiratoires (bronchite, sinusite, laryngite, etc.), et même la tuberculose. L’usnée agit sur les bactéries à Gram positif, donc celles qui causent les infections susmentionnées (streptocoques, staphylocoques, pneumocoques), mais pas ou peu sur les bactéries à Gram négatif, soit celles qui composent normalement les flores intestinale et vaginale. Elle n’a donc pas l’effet incommodant qu’ont les antibiotiques de bousiller l’équilibre de ces fragiles muqueuses. Par contre, l’usnée ne sera d’aucun secours en cas de salmonelle, qui est une bactérie à Gram négatif. C’est juste bon à savoir pour choisir la plante à utiliser en tel ou tel cas.

Les autres muqueuses bénéficient aussi des propriétés antibactériennes et antifongiques de l’usnée, comme la vessie, le vagin, la peau. On parle alors de troubles comme la cystite ou l’urétrite, la vaginite, l’impétigo, la mycose des orteils et des ongles, la candidose, et j’en passe. En gros, quand ça fait mal et que c’est infecté, l’usnée est à considérer autant en interne qu’appliquée directement sur la peau.

L’immunité

Au niveau de l’immunité, l’usnée peut grandement aider les personnes aux prises avec des maladies chroniques directement liées à une déficience immunitaire, comme le VIH, les infections fongiques répétitives, la teigne ou pelade, le muguet, l’herpès et ses frères, dont le virus d’Epstein-Barr. Elle agit donc aussi sur un certain nombre de virus.

Les essais cliniques1 faits sur ses propriétés ont été conduits avec des formes isolées d’acide usnique. Je suis personnellement en faveur de l’utilisation des plantes entières. Leurs constituants sont regroupés pour des raisons biologiques bien propres à chacune et ils servent d’abord la plante et son environnement. Nous bénéficions de leurs propriétés comme agirait l’invité d’un hôte bienfaisant : avec égards et humilité.

Certaines personnes peuvent avoir ou développer une sensibilité cutanée ou gastro-intestinale à l’usnée et aux lichens en général. Ces réactions sont considérées rares, mais tout de même. Aussi, si vous avez l’occasion d’en récolter, assurez-vous que la colonie pousse en un lieu exempt de pollution, car le lichen absorbe entre autres les métaux lourds lorsqu’il croît.

Combinée à d’autres plantes

L’usnée se combine très bien à d’autres plantes, comme l’hydraste et l’échinacée. Ce petit mélange est fort impressionnant, dès les premiers signes de gorge douloureuse ou pour les bobos, les piqûres, les coupures. Ça chauffe et ça goûte intense, mais ça fait des merveilles ! Le magasin Au Naturel, à Sutton, tient de l’usnée en teinture simple et en combinaison, comme le Respirafect®, de la compagnie ontarienne St. Francis Herb Farm.

Un bel hiver à vous et plein de bonnes guérisons avec l’usnée, la barbe de grand-père.

Annie Rouleau, herboriste praticienne
annieaire@gmail.com

  1. ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC5739313/pdf/nihms927342.pdf 

Références : 
Médecine Traditionnelle Chinoise, plantes médicinales occidentales, de Anne Vastel et Sylvie Chagnon, Guy Trédaniel éditeur 
Herbal Antibiotics, de Stephen Harrod Buhner, Storey Publishing 
The Energetics of Western Herbs, de Peter Holmes, Snow Lotus Press 
Sacred Plant Medicine, de Stephen Harrod Buhner, Raven Press 
Materia Medica, de Flora Medicina, école d’herboristerie 
Medical Herbalism, de David Hoffmann, Healing Arts Press 

Sources internet: 
The Naturopathic Herbalist
Consortium of North American Lichen Herbaria